Tour d'Europe du nord
boucle au départ de Mauves-sur-Loire
semaines 13 à 6
(1) plus randonnée du second Cap Nord au Knigskvelodden de 8 heures dont 6h30 de marche un peu technique
Lundi 12 juin
Guilleret, reposé, par un beau soleil matinal, je rencontre immédiatement le lyonnais Daniel. Nous avons dormi hier à quelques centaines de mètres l'un de l'autre sans nous croiser. Il vient à l'instant de faire un faux mouvement lombaire qui lui fait subir le martyre. Nous effectuons de concert les mouvements que je connais, ce qui le soulage un peu. Les nuages sont désormais plus présents pour attaquer à Rafsbotn la montée de 28 km, dont deux fois 7 km à 4%. Avec 76 km dans les jambes, à Skaidi, je recherche enfin le meilleur lieu de campement mais à la supérette je rencontre Tee (écriture phonétique de son prénom en anglais, Tii en français) qui s'est donnée le prénom Claire à l'international. Elle est Malaisienne, vit à Singapour. Elle est partie il y a 5 ans mais a laissé son vélo à Istamboul pour deux ans de Covid. Elle a donc pédalé 3 ans pour réaliser son rêve en passant par le Chine, la Corée, les pays en "stan" d'Asie central, les Balkans, l'Europe de l'est. Alors que ce matin elle est partie d'un peu plus loin que moi, à Alta, elle veut continuer jusqu'à la mer, à Olderfjord. Elle me fait battre mon record personnel de distance journalière avec 102 km !





Mardi 13 juin
Claire est nettement plus matinale. Elle est prête à partir quand j'émerge de la tente. Nous nous séparons sans grand espoir de nous revoir compte-tenu de sa rapidité, peut-être toutefois sur l'île du Cap Nord, moi à l'aller, elle au retour. Au fur et à mesure de ma progression, un vent sec et violent, latéral ou portant, me gêne. Même arrière, ce qui semble parfait, il devient parfois tellement puissant qu'il me faut freiner dans les descentes, voire marcher à côté du vélo dans les passes entre deux montagnes où il s'accélère. C'est dans cette configuration que je croise de nouveau Claire, bloquée de l'autre côté de la route. Petite, son vélo est trop lourd pour elle, surtout la surface de prise au vent est plus importante que celle de mes bagages. Alors que nous recherchons visuellement un abri proche, arrive un homme qui nous explique que la petite cabane de pêcheur que nous visons en contre-bas est la sienne. Désormais Il est de dos à la mer, Claire à côté, moi face à eux, mon vélo entre nous : c'est suffisant pour nous faire tous tomber, moi allongé sur mon vélo au sol, eux à retenir l'ensemble. Il apparait que pour le moins toute progression à vélo monté est strictement impossible, à vélo poussé dangereuse si tant est que cela soit possible. L'homme nous propose de nous abriter dans la cabane-à-feu de sa cabine (1). Austin (prononciation Äoustïn) est un ancien policier à la retraite, depuis peu. Mince et musclé, il adore le sport, particulièrement le vélo, le ski télémark (surtout pas ski alpin), la chasse et la pêche. La cabane-à-feu est construite contre une excavation rocheuse du jardin, dos au vent dominant, prolongée par plusieurs pans en bois, vitrés, le tout formant un hexagone à deux côtés ouverts, face à la mer. La cabane est décorée de nombreux objets ayant trait au passé artisanal de la maison, structurée en bancs et sièges avec coussins et plaids, autour d'un feu central. Nous discutons beaucoup, Austin montre son nouveau vélo sur-mesure anglais avec un degré de finition que j'ai rarement vu, à l'exception de la selle : une Berthoud française, la même que la mienne. Il nous prête sa pompe, un objet magnifique, nous concocte un dessert traditionnel norvégien : crème sucrée fouettée rehaussée de mûres arctiques (2). Grâce à ses accointances avec la police locale, Austin nous fait part d'un accident qui vient de se dérouler à l'instant à moins de 10 km à cause du vent. Il nous dit que c'est fréquent ici, que les relevés Windy (55 km/h, rafale 85 km/h) sont bien dépassés en bord de mer, dans les traversées de vallées, entre les falaises de bord de route. Il estime que 100 km/h et plus sont monnaie courante. Il nous invite ensuite dans sa maison pour voir son atelier vélo, charger nos appareils électriques, nous montrer ses vidéos : un vélo qui "vole" à l'horizontal tenu par sa voyageuse devant chez lui, son amie pêchant dans sa barque traditionnelle, des tétras des bois et des éléphants de mer dans les environs.
Le vent faiblit autour de 30 à 35 km/h, après plusieurs heures nous prenons congé. La progression est difficile, nous devons plusieurs fois mettre pied à terre en marchant à gauche pour s'éloigner de la barrière de sécurité côté précipice marin (3). Le nouveau tunnel que nous recherchons approche, c'est heureux parce que le vent redouble avec désormais la pluie de surcroît. Pour une fois très bien conçu, ce tunnel nous semble salvateur, prometteur peut-être d'une meilleur météo sur l'autre versant. C'est l'inverse qui se produit, le vent est gigantesque : nous nous réfugions dans la chambre de SOS à 50 m de la sortie du tunnel. Windy indique 90 km/h en rafale, en réalité bien plus puisqu'une cascade proche voit son eau partir à l'horizontale ! Seul, à pied, je décide d'explorer le chantier d'abris et WC en construction à 800 mètres plus bas. Il me faudra 45 minutes pour l'aller/retour. Persuadé de la force extraordinaire des éléments, j'ai même expérimenté de lancer une pierre dans le sens du vent : rien, elle tombe normalement. Par contre, debout face au vent et à la montée, je touche le sol ! Vers 2 heures du matin (grand jour, donc) nous dormons dans le local d'urgence. Il est neuf, propre, chauffé, avec un violent éclairage permanent.
(1) la "cabin", sorte de traduction en anglais de la maison secondaire particulièrement prisée des Scandinaves, est souvent entourée d'une ou plusieurs dépendances, le plus souvent distinctes : la cabane de pêche, la cabane de feu, le sauna, les toilettes, le garage, ... Par ailleurs, il semble que la maison principale et la maison secondaire soient très privées, hors dépendances. On reçoit dans le jardin, sur la terrasse, dans la cabane-à-feu ou le sauna, hors la famille proche, rarement dans les maisons.
(2) grosse comme une mûre de roncier, 3 à 5 lobes seulement, intégralement orange clair, pousse au ras du sol comme le myrtillier
(3) en Norvège, pays non membre de l'Union Européenne, la majorité des barrières de sécurité sont basses, à vélo le haut arrive au genou. En cas de chute, ou par grand vent juste à la toucher, le cyclotouriste basculerait immédiatement de l'autre côté.



départ de Claire, bien plus matinale que moi (prête à partir quand je me réveille juste) et environs immédiats du campement



au creux de "la cabane à feu"

Austin

photo d'adieux


spécialité scandinave : crème sucrée fouettée aux mûres arctiques
sortie de tunnel (rarissime aux normes européennes pour vélos)
poste de secours (rarissime : inscriptions en français)

Mercredi 14 juin.
Vers 4 heures du matin, je suis surpris de ne plus entendre le vent siffler. C'est le calme plat, non prévu par l'application météo. Nous repartons, la mer est d'huile, trois véhicules en 2 heures de temps, presque pas de cris d'oiseaux. Dans ce décors de rêve, abrupt, minéral, somptueux, nous goûtons un plaisir sans nom de solitude silencieuse. Nous comprendrons bien plus tard que nous étions dans l'œil du cyclone. Le vent réapparait d'abord par quelques rides sur la mer de Norvège, puis forcit au point d'atteindre des vitesses impressionnantes et dangereuses. Dans 3 km le tunnel sous-marin le plus profond du monde : nous continuons, désormais sous la pluie. Enfin l'entrée du tunnel, à environ 125 mètres, séparée de la protection de la falaise par une petite vallée plus basse en forme de goulet : impossible de passer, même à pied. Suivant l'exemple d'un cycliste, mais très peu chargé, qui marche en bas du remblai ; nous avons finalement franchi cette minuscule distance en 1 heure : passer à deux chaque vélo un par un, le tout avec plusieurs chutes dont le vélo de Claire qui s'est déplacé tout seul au centre de la route.
Le fameux tunnel, très sale, très bruyant, nous apparait un luxe de facilité, impressionnant toutefois par ses premiers 4 km de descente à 10%, ses 2 km plat au fond de la mer, mais surtout les 4 km de côte finale à 10%, à pied évidemment sur un trottoir peu large, invisible sous les cendres de déneigement apportées par les pneus des camions.
Belotte et re : presqu'impossible d'atteindre à 200m les WC publics par vent dantesque. Bien rodés, nous effectuons la même technique, 2 pour tenir chaque vélo et à travers "champs" plus bas que la route. Dans les heures qui suivent, c'est l'amoncellement de tous les vélos et motos (ces dernières tombant comme des mouches) : il faut franchir un pont. J'ai essayé à pied sans vélo : impossible d'atteindre le milieu, même en tenant à deux bras la rambarde ici très haute.
La mésaventure tourne à la franche rigolade jusqu'à 12 dans les WC handicapé. C'est la rencontre de nombreuses personnes et nationalités dont Thomas (prononciation Tomass) le cinéaste-photographe allemand de 50 ans qui voyage à vélo sans cesse (4), le motard africain-du-sud avec un seul bras et son amie allemande Michèle, le jeune Polonais timide sur son vélo très bas de gamme. Toutefois la nuit fut moins drôle pour dormir, tous recroquevillés à même le sol. Heureusement pour Claire, des Français de Bagnières-de-Bigorre, proche de Lesponne qu'ils connaissent, l'ont invité à dormir. Il faut noter également l'intervention de deux femmes polonaises en camping-car qui ont demandé tout ce que nous souhaiterions pour améliorer notre inconfort : elles ont concocté des litres de thé au citron et nous ont tous servis individuellement.
Après coup, l'ensemble forme désormais un bon souvenir. Il n'est pas habituel d'être bloqué pendant 14 heures dans des toilettes !
(4) impossible de trouver un pays qu'il ne connait pas, et pourtant nous avons essayé à plusieurs. Il a visité certains pays plusieurs fois et gagne sa vie depuis toujours en filmant et photographiant sans cesse.

sortie du mondialement redouté tunnel sous la mer

quelques uns des vélos de voyage

nous avons été jusqu'à 12 à essayer d'y dormir

le couple germano-africain du sud
dont une des motos est tombée à l'entrée du tunnel
Jeudi 15 juin
Au matin, départ ensemble de quatre cyclo-randonneurs : un Polonais, un Allemand, une Malaisienne, un Français. Le Polonais nous laisse à Honningsvåg, je crois que nous sommes trop lents pour lui. Nous rencontrons Thierry (Claire a déjà tourné avec lui à Alta) au café. Il est parti de Belgique en novembre 2022 pour hiberner en itinérance et sous tente en Norvège. Je ne souhaitais pas poursuivre aujourd'hui parce que je totalise 4 heures de sommeil en deux nuits, mais la force du groupe est salvatrice. Jamais je n'aurais fait le Cap Nord, surtout avec des vents de face, en une seule journée (sortie tunnel > globe) sans eux. C'est donc un nouveau départ pour l'ascension, le mot n'est pas trop fort. Un Belge, un Allemand, une Malaisienne, un Français : nous ne nous quitterons plus.
Un paquet de souffrances plus tard (moi toujours dernier), nous atteignons la barrière de péage au milieu de la lune (rien, absolument rien, ni végétation d'aucune sorte, ni eau) où on nous apprend que c'est gratuit pour nous (40€ par personne en motorisé, 5 les vélos électriques et les tricheurs sans bagages). Thierry demande pourquoi. Le petit jeune dans sa guérite répond "of course, you save the planet".
Après le parking gigantissime à camping-cars, après le complexe commercial, c'est enfin le globe surpeuplé alimenté par des hordes de retraités en cars de tourisme depuis les ferries d'Honningvåg. Perso je verse des larmes, il me semble que je m'étais dit qu'il se produirait quelque chose pour que je n'y parvienne pas.
Nous plantons nos quatre tentes dans la nuit sans nuit, sans aucun autre voyageur non motorisé, dans le non-man's land en kilomètres carrés qui sépare la guérite du parking.


exemple en montant : la lune
(ni arbre, ni herbe)


l'autre Cap Nord : celui de demain

il y a plus d'un siècle, l'arrivée se faisait en bateau puis à pied

Vendredi 16 juin
Petit à petit je convaincs tout le monde, grâce au beau temps et au peu de vent annoncés, de se rendre au deuxième Cap plus près du pôle Nord, de l'île. Nous descendons quelques kilomètres jusqu'au petit parking où nous laissons les vélos parce que de fait il est strictement impossible d'approcher le site en pédalant, voir plus loin même en le poussant. Marche géniale, plus longue, plus difficile et plus belle que prévue. Presque à l'arrivée, après une descente technique, nous voyons approcher en nous retournant le plus frabouldingue de tous : Lesse le Danois. Là où strictement aucun vélo ne peut passer, lui oui avec très peu de pieds à terre : du trial de très haut niveau, dangereux, pendant 5 heures.
Au retour, nous plantons à 5, pris en photo par quelques touristes éberlués, inconscients de leur propre bêtise.


Jesse le Danois

capacité du parking camping-car : 750 ?
< l'autre Cap Nord : de loin et de plus près >

Thomas
et le Cap Nord touristique en arrière-plan


L'Hurtigruten est-ouest du jour
devant le deuxième Cap Nord
Samedi 17 juin
Lesse nous laisse pour plus long, plus dur, plus chaotique, dont 5 km environ sans rien, sans piste, une carte totalement vide d'indications hors courbes de niveaux. Dans la descente, vers la fin, en croisant un couple suant sous le soleil très froid puisqu'ils ont le vent de face, dans ce début d'ascension pour eux, je me dis que jamais je n'aurai la détermination et les muscles pour faire comme eux. Et là, à 30 km/h le vent dans le dos, en usant mon dernier millimètre de plaquette de frein, je me rends compte qu'il y a deux jours je l'ai fait. Je prends conscience de ma réalisation, des difficultés de ce trimestre d'efforts. Je l'ai fait. Je pleure comme une madeleine, longtemps.
Après un traditionnel café, Thomas nous laisse : hors de question pour lui d'utiliser un moyen de locomotion polluant, bus ou bateau. Ce grand garçon désabusé, philosophe de la vie, qui connait tous les pays du monde, à vélo, verse une larme.
À trois, nous rejoignons l'abri avec feu central que Thierry connait déjà puisqu'il s'y était réfugié durant la tempête.

le campement

l'équipe

Claire

Thomas

Jesse

Thierry


des paysages dans les descentes du Cap Nord à Honningsvøg

un des deux ports de pêche d'Honningsvøg

une partie d'Honningsvøg vue du refuge

Claire tient absolument à préparer le dîner
Dimanche 18 juin
Journée de repos pour Claire, Thierry et moi



le brouillard tombe sur Honningsvøg
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Lundi 5 juin. Claude se lève à sept heures. En toute confiance, je dispose seul de l'appartement pour petit déjeuner et me préparer pour rejoindre sans bagage "Ski og Sykkel", recommandé par InterSport Finnsnes, qui vont résoudre tous mes petits (réellement petits : il n'y a aucune grosse galère) problèmes mécaniques. Sur place aucune possibilité mais on m'indique qu'à l'autre bout de la ville, chez "Tråkk 9000", sur mon chemin prévu, il existe un atelier agréé Hope, ma marque de frein. Je reviens chez mon hôte, termine les mises à jour Cyclololo, pacte et charge, choisis le tour complet assez plat de l'île, plutôt que couper par le haut de ville-île. Du Hoppe partout... sauf ma référence très rare, spécifique à mon système mono main. On m'assure une nouvelle fois que rien ne presse concernant les plaquettes de frein à disque, que, et c'est nouveau pour moi, l'usure à venir ne dépend pas du nombre de kilomètres mais du dénivelé global du parcours à venir, que la Finlande c'est plat, et qu'en contactant un revendeur agréé Hope à Helsinki, tout ira bien. Par contre concernant le ressort de direction, il me renvoie vers un magasin de bricolage, la béquille un de moto.
Je quitte Tromsø, encore par un immense pont pour une prolongation citadine notable : Tromsdalen, Hungeren, Hjorten, Reinen, Gammelgården. Pratiquement sous la pluie de bout en bout, plutôt atteint par deux portions très dangereuses de route sur la E8 de Sandvikeidet à Fagernes, j'emprunte le bac de Breivik, assez dépité. Et puis, tout s'enchaîne à l'inverse :
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je mange (j'avais oublié)
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je trouve enfin la cause du froid douloureux à l'extrémité des pieds, surtout le droit. Les chaussures ne prenaient pas l'eau. Ce n'était pas après avoir déchaussé, la condensation du chaud par le froid "nocturne". Ce n'était pas un manque d'évacuation de la sueur par les languettes AirRevolution qui auraient été saturées de saleté ou de sel de sueur. C'était... c'était : les lacets trop serrés, le sang ne se renouvelaient pas suffisamment ! Probablement les pieds ont trop gonflé et ou les lacets XTenex à boules se sont rétractés par usure.
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la traversée se déroule avec amusement, seul dans le salon (je n'opte pas pour rester à l'intérieur de mon véhicule en laissant tourner le moteur pour faire fonctionner chauffage)
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au débarquadère, je rends visite à l'unique camping où le service se révèle complet : cuisine chauffée avec table de repas, électricité libre, douche incluse, affichage (rarissime) des tarifs (230, plutôt bas en Norvège, surtout au nord).
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je vois deux vélos tous équipés en moyeu de vitesses Rohloff et une petite tente.
L'accueil téléphonique est parfait. La personne insiste pour que je plante où je veux (signification : pas d'obligation d'utiliser la zone tente, pas de facturation sur un emplacement délimité) et rendez-vous est pris à la réception pour dix heures. Les cyclo-randonneurs sont deux garçons Belges Flamants de Hasselt, Nico a rejoint son ami pour quelques jours, Willy un peu plus âgé que moi, effectue un parcours similaire au mien : départ le premier avril, montée presqu'identique jusqu'à Hirtshals, ferry pour Kristiansand par contre et visites sud-ouest (Stavanger, Bergen), puis Trondheim, puis exactement les mêmes choix depuis Moskenes. À la différence notable, sa moyenne est 100 km par jour, tous les jours... et projette, comme objectif principal depuis le début, d'atteindre le Cap nord le jour de l'anniversaire de sa femme (!!!) : le 12. Après, sa volonté globale est strictement égale à la mienne : Finlande, les trois pays baltes, Pologne. On peut le suivre sur https://www.polarsteps.com/WillyDeConinck1957/6917539-noordkaap? .
Mardi 6 juin. Je me réveille tard (8h30 de sommeil d'une seule traite !), pluie prévue pour toute la journée (4 prévisions sur 5, seul MétéoFrance prévoit de gros nuages toute la journée, alors qu'il pleut). En réglant, je prends la décision de farnienter, ce qui m'abaisse le coût journalier à 200 (total 400 au lieu de 460) avec deux principes simples et concomitants (itan ou un autre) : ne pas demander de remise et formuler vouloir un service tarifé qui ne peut être possible "parce que la saison touristique n'a pas commencé" : sauna, café, petit déjeuner, etc.



promenade
cheminée circulaire, collective et panoramique
(inclus dans la prestation globale)



chaud et sec dedans
la cuisine

à table
l'espace entre les nuages


vue de chez Claude


d'une presqu'île à l'autre

Mercredi 7 juin. Tous les prévisionnistes annoncent de la pluie, et ... il ne pleuvra pas. Grâce au soleil qui pointe ça et là, les paysages sont d'autant plus magnifiés, grandioses, les sommets chapeautés de blanc. La circulation automobile est rythmée dans un sens par le bac précédent, dans l'autre par le suivant, pourtant une voiture esseulée s'arrête devant moi, la vitre s'ouvre, sort un bras, prolongé par mon casque : trop heureux d'enfin profiter des rayons solaires engendrant une température clémente d'environ 9°, j'avais laissé mon couvre-chef près du camping. Après le 18ème bac, de Lyngseidet à Olderdalen, je rencontre un cycliste différent devant une supérette de Storslett. Robert cultive tranquillement les paradoxes ; et moi, ça, j'aime bien. Il est Néerlandais et travaille comme instituteur depuis vingt ans au Québec. Il parle donc couramment français. Son vélo, cadre Surly, Rodloff à chaîne et tenseur (bonne idée), est trop chargé et se prolonge en surcroît d'une remorque mono roue. À 60 ans, une erreur de débutant ? Il a pédalé toute sa vie : Chili, France dans tous les sens, deux fois l'Alaska. Il assume ses choix : chaise pliante, photocopies de livres, deux réchauds mais ne cuisine pas, hyper équipé mais sans GPS, collectionne les plaques minéralogiques et autres qu'il glane sur son parcours. Un escargot ? On verra demain mais il m'annonce 80 km tous les jours. Nous plantons et dînons ensemble en bord de mer à l'extérieur du bourg.








dans cette salle de pause d'une supérette, alors que le norvégien et l'anglais prévalent, concernant l'alcool, ce sera en allemand et français...

vers minuit, Robert dort dans sa tente 1 place

vers minuit et demi, une dernière photo des environs immédiats
Jeudi 8 juin. Journée presque (nous plions secs, vent arrière majoritaire) pourrie d'un point de vue météo (zéro photo) mais profitable concernant les performances à vélo. Robert se révèle un poil plus lent que moi en descente et plat, faute à ses pneus plus larges (à vue de nez des 47, j'ai des 37) et sa roue de remorque qui augmentent grandement les frottements. Compte-tenu de son poids trop important, en côte je suis nettement... à la ramasse ! C'est illogique mais Robert est un diésel, doublé d'une volonté sans faille puisque je ne l'ai jamais vu descendre pousser, alors qu'à 6% j'atteins mes limites actuelles en fin de journée /ou sans café, qu'en forme à 7% je pousse en haut de côte longue, qu'à 8% je pousse systématiquement. L'extraordinaire, c'est qu'avec patience, ce garçon a réussi à me faire gravir un DC+ de 300 mètres après mes limites de kilométrage et après un 400 d'enfer : camions, pluie, neige au col par vent très violent et 3° (ressenti négatif ?). Résultat, j'ai battu mon record personnel de DC+ journalier : plus d'un kilomètre d'échelle verticale, chargement, vélo et excès ventral inclus !
Nous plantons dans un bourg, sur le port, à la suite d'une ribambelle de camping-car, dont des Orléanais qui nous invitent au chaud à un chocolat au lait.



Vendredi 9 juin. La météo s'améliore enfin. Je prévois de quitter Robert à 65 km maximum mais il pratique une pause (café, biscuits, lecture) à deux tiers de sa journée habituelle (80km/3x2) qui me motive à le suivre en limitant le parcours à l'intermédiaire de nos volontés (80km+65km/2) d'autant que la suite se pratique mieux à deux avec une suite impressionnante de tunnels dont certains interdits aux vélos et piétons. Nous plantons justement sur un contournement et son ancienne aire de repos.


Robert du matin


service de supérette : les cages pour chiens de ski d'hiver ou d'entrainement l'été
le très bruyant huitrier-pie qui attire loin de son nid au sol

la plage de Badderen
Samedi 10 juin. Robert décolle une heure avant moi. Nous prévoyons de nous séparer un peu plus tard dans la capitale Sami : Alta. Pour ne pas le faire attendre et pour l'imiter je passe deux petits tunnels (pont, tunnel, pont, tunnel à la suite) interdits aux vélos. À Alta, il m'avoue avoir effectuer les détours !
Robert veut atteindre le Cap nord en trois jours (60 km additif aujourd'hui, puis le reste de 175 pour mercredi), moi en quatre plus un jour de repos demain (10 km additif aujourd'hui, puis le reste 225 pour jeudi). Comme moi il prévoit ensuite l'Urtigruten de Honningsvåg à Kjøllefjord pour Mehamn. Il envisage Kirkenes > Rovaniemi > Helsinki ; moi plutôt le Varangerhalvøya > Nuorgam > Inari > Suède éventuellement avant Helsinki.
Après avoir perdu beaucoup de temps dans le centre ville à ne pas résoudre mes problèmes techniques (limiteur de direction, béquille, plaquettes de frein) je plante en camping à 4 km au sud du 70ème parallèle
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Lundi 29 mai. Ça commence d'enfer, trois boudins (deux réductions) de mon matelas auto-gonflant claquent pour devenir une verrue peu confortable : encore une galère sous garantie qui va nécessiter temps et adaptation. Et il pleut encore. Les prévisions sont très mauvaises pour toute la semaine avec toutefois seulement aujourd'hui quelques heures d'accalmie sous forme de pluie faible à partir de 11 heures (2 prévisionnistes sur 5, les 3 autres c'est aucun répit). La tentation est grande de rester une journée de plus, à l'œil, puisqu'ici personne ne vérifie quoi que ce soit. Je décide d'occuper tout la matinée : prendre une douche, finir quelques commentaires de photos, discuter avec Emma une jeune Américano-Norvégienne qui étudie dans la ville depuis trois ans le cinéma (son rêve : réalisatrice de films d'opéra) le visage barré par deux masques, de peur de transmettre un virus à son grand-père immunodépressif cancéreux, et en dormant tous les jours dans sa voiture break électrique. À midi j'ai plié sec, au quart parti sous un grand soleil (!!!) en ce lundi de Pentecôte, férié en Norvège. Il me semble (j'en suis persuadé, en fait) que l'ensemble de la population vesterålienne vaque aux jardins, les garçons à bricoler, taper, scier, les filles à tondre, jardiner, planter, les enfants à jouer aux enfants. On me salue presque systématiquement d'un geste avant que je ne bouge une oreille... pour un peuple qui se dit à peine bonjour entre eux habituellement. C'est l'effet printemps après huit mois de neige (qui tient jusque sur les plages), près de six mois de sombre (dont quatorze semaines de nuit noire continue) ; le reste en pluie.
Je croise un couple Belges flamands, Lisa et Dominique, de vrais cyclo-randonneurs qui reviennent du Cap nord en partant de chez eux et en y revenant en boucle sur cinq mois. Tout va bien pour eux, sauf une galère avec un matelas ThermARest, remboursé sous garantie, qui les a obligés à demeurer quatre jours dans le même camping. Quelle est la probabilité, pour que mon matelas, rompu du matin après un achat en août, soit le centre d'un même problème, dans la même marque, le jour même avec un inconnu ?
Après trois ponts surprenants, genre Saint-Nazaire (1), la route 85 au nord-est de Sortland (la capitale de l'île de Langøya) devient peu fréquentée (contrairement au sud-est, seule route sans ferry pour rejoindre le continent) et révèle la nature différente des Vesterålen comparée aux Lofoten. Si les deux sont montagneuses, ces dernières sont plus telluriques, extrêmement hautes, déchiquetées, avec des aplombs vertigineux directement dans la mer, obligeant à de nombreux tunnels : les îles Lofoten, c'est plein les mirettes écarquillées. Aux Vesterålen par contre, les cimes se présentent un rien plus arrondies, un quart de poil de cul de grenouille moins hautes, mais surtout on constate de nombreuses et très larges vallées côtières (bord de mer, pas intérieures), pourtant peu agricoles ou alors de l'élevage seulement ovin (2), parce que très majoritairement composées de landes marécageuses et tourbes épaisses (parfois en mètres). Ce lundi, sous un pur soleil aux rares nuages rieurs, les Vesterålen se sont présentées à moi comme un paradis. Jusqu'à ce que les prévisions météorologiques s'avèrent toutes exactes, avec un retard notable de 21 heures : rafraîchissement, pluies en paquets de millimètres et vents puissants.
Je plante sous pluie battante encore en camping où on me dit que la saison touristique commence réellement mi-juin : partout c'est toujours 15 jours plus tard que la date actuelle ! Je crois être le seul mais deux vélos Fahrrad x300 trônent devant les toilettes. Je réveille malheureusement un couple de Français de Montaigu qui viennent de plier, dormir un peu, pour prendre dans la "nuit" l'Hurtigruten à proximité jusqu'à Tromsø. Par contre ils projettent de se rendre ensuite au cap de Berlevåg (entre Mehamn et Vardø) alors que j'envisage l'Hurtigruten de Honningsvåg à Mehamn et/ou Båstfjord à Vardø (3).
(1) Savez-vous pourquoi le pont de Saint-Nazaire monte aussi haut ? Réponse demain
(2) en semi liberté, pas de grand prédateur, hors renards, aigles et hommes, dans ces îles
(3) voir "Accueil" puis "itinéraire" puis en bas de page "Clique"



du pont Hadsel
de l'île de Bør à celle de Lang
Hadselbrua
de Børøya à Langøya
des bandes côtières larges
des routes plus droites, moins chaotiques
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prélèvement de tourbe pour le chauffage

pin arctique



drôles de plantes aux feuilles blanches vertes
drôle de mousse ou bruyère rouge


certains bouleaux sont rouges
Mardi 30 mai. La journée se déroule malheureusement presque intégralement sous la pluie mais avec le luxe de majoritairement le vent dans le dos. Les paysages s'en trouvent moins magnifiés mais je reste sous le charme de ces larges landes, d'une nouvelle sorte de résineux (un pin peu élevé mais au tronc épais à cause du froid et du vent), des innombrables oiseaux (sternes arctiques, oies, mouettes, goëlands, albatros, huitriers pies, courlis cendrés, ...), ces maigres bandes herbeuses longeant les varechs rouges des plages de sable clair, et la diminution drastique du nombre d'habitations.
À une aire de stationnement pour camping-car, je croise Cyril qui se met en route après avoir roulé toute la "nuit" et dormi sous un drôle de banc, incroyablement étanche et bien conçu. Il est Français, pédale sur un Décathlon haut de gamme, entame son 8ème mois à vélo ! Parti de Grenoble en novembre, il est descendu en Grèce puis est remonté à l'inverse de mon futur parcours jusqu'au Cap nord. Il m'avoue que la lassitude le gagne depuis un Hurtigruten de Honningsvåg à Tromsø (120 €) et envisage Bodø à Oslo en train avant de rallier Grenoble à vélo. On peut le suivre sur " https://www.polarsteps.com/CyrilSupervagabond/5696254-voyage-en-velo-en-europe ".
Le vent devient vraiment trop fort, les camping-car de latins et certaines voitures de location (de latins ?) passent vraiment trop près de moi lorsque je me déporte sur la gauche en côte lors d'une bourrasque, ou quand ces véhicules me doublent en accélérant pour éviter une voiture en face (alors qu'il suffisait d'attendre). Je fais une pause à la terrasse couverte du seul magasin d'alimentation de la journée (un Joker, sorte de Marché U) où la pluie redouble et où on me renseigne : "la pluie ne s'arrêtera pas avant plusieurs heures, le bac est dans seulement 10 km mais il n'y en aura plus aujourd'hui, et oui, il existe un excellent camping municipal au village, en bord de plage, à 500 mètres, où fonctionne le seul wifi libre disponible... Au camping on me conseille vivement un terrain herbeux sans vue sur la mer mais au pied d'une butte qui me protègera du vent... sauf qu'il s'y engouffre ! Une Allemande en van me rejoint. Elle connait l'endroit et me prédit que le vent va tourner dans deux heures. Devant ma mine incrédule, elle me le prouve sur son téléphone via... Windy ! Je plante sous la pluie, découvre une "cuisine" superbe avec deux salles de repas dont une à l'étage en panoramique quatre côtés intégralement vitrés. Après que le vent ait effectivement fait presque 180°, je dîne avec un jeune couple de Néerlandais en fourgon aménagé et "travaille" sur le site à boucler la semaine précédente et commencer le lundi de cette semaine jusqu'à minuit et demie, histoire de bien affirmer qu'il fait jour, totalement jour.
(1) C'est pour laisser passer les sous-marins

Hurtigruten du matin en purée de pois

sculpture monumentale intégrant des toilettes

autoportrait



polarsteps.com/CyrilSupervagabond/5696254-voyage-en-velo-en-europe
WC publics avec vue
(et occultation extérieure par lumière irisée !)
Mercredi 31 mai. Pour la deuxième fois, l'ennemi public est bien le vent, doublé d'un peu de fatigue, triplé d'une bonne pluie continue. Que de bonnes raisons pour demeurer au chaud juché dans la salle supérieure panoramique, toutes électroniques branchées (tablette, téléphone, batteries), les doigts de pieds en éventail dans les chaussettes Grandes Jorasses pure laine mérinos de Monnet (une paire de merveilles) : à terminer le retard sur ce site.

la pluie arrive

non, c'est la neige sur ma tente esseulée (côté camping-car presque complet)

et arrivée de la pluie suivante

l'île aux macareux

la cuisine et repas au rez-de-chaussée
salle de pause panoramique en haut

soleil de 23h59
Jeudi 1er juin. Adieu Vesterålen, bonjour Senja, par le 15ème bac ou ferry de mon voyage ! Au creux d'un petit chemin, je plante en bord du mer (le Sandholmen, tellement fermé qu'il semble un lac), à côté de Suisses alémaniques qui m'invitent à prendre une tisane.

adieu Vestarålen



bonjour Senja


Senja de la baie de Balles à Finnsæter
Vendredi 2 juin. Bien que la logique, l'attrait, la distance et le dénivelé global me pousseraient à emprunter la route nord, je suis obligé de choisir la sud pour rejoindre Finnsnes où m'attend, si tout se déroule comme convenu, mes plaquettes de frein à disques, expédiées gratuitement par InterSport Mojøen (voir 13 mai) à celui de Finnsnes. Sur place, très bon accueil mais pas de colis ! C'est la douche froide, d'autant que ma commande n'est en fin de compte jamais parvenue au précédant magasin. On m'assure que mes plaquettes actuelles tiennent bon, qu'à Tromsø, l'atelier "Ski og sykkle" pourrait détenir ma référence ou une équivalence, peut-être même une béquille de qualité, voire un réducteur de direction. J'achète un nouveau matelas (premier prix) puisque j'ai l'assurance d'un remboursement du TherARest par l'excellent "tentes4saisons.com" à Quimperlé, moyennant une procédure (photos, RIB) qui reste à mettre en œuvre.
Je poursuis ma route et plante, merveilleusement totalement seul, à la pointe d'une petite presqu'île.

avant de plier mouillé


manger à l'abri, sous un pont


le moindre col à 300 mètres
au-dessus du niveau de la mer
à des airs alpins de 2000
si j'avais su hier soir qu'il existait un refuge à 200 mètres de la route...
Samedi 3 juin. Je quitte Senja à Botnhamn par le seizième bac depuis mars, pour l'île de Kval (Kvaløya) à Brensholmen. Je choisis la route sud "Leirstrandvegen 7764" un peu plus longue mais moins pentue. Je plante sur un isthme public dévolu au camping sauvage, promenades, baignades et pêches.



avant de plier mouillé
adieu Senja
bonjour Kval


des rennes souvent plusieurs fois par jour
presque tous les jours

dense trafic maritime
entre les îles Kval et Ry

planter mouillé dans paysage de rêve
Dimanche 4 juin. Le moral faible pour cause de pluies incessantes, surtout planter sous la pluie et plier sous la pluie, je contacte un WarmShower qui accepte de m'héberger ce soir. Je quitte l'île de Kval pour celle de Tromsø (île ville de 70.000 habitants, capitale du nord) par un immense pont. Claude, professeur en lycée, Français, habite (outre quelques années en Russie et en Inde) dans cette ville en immeuble type HLM en copropriété (peu de locatifs en Norvège) depuis 1987. À vélo il a voyagé de Tromsø à Saint-Jacques-de-Compostelle. Nous passons une excellente soirée, d'abord à dîner superbement chez son ex dans le même immeuble puis dans son salon à discuter tard. Je dors sur le canapé : une bonne douche, un bon repas, une bonne nuit sans monter/plier la tente humide vous ravigotte son homme !

des eaux particulièrement poissonneuses
la veille un Suédois, une vingtaine d'environ tous 30 cm en moins d'une heure
ce matin un Finlandais, deux même taille, en moins d'une minute... et une mouette qui s'en tire sans une égratignure (je tenais l'animal : c'est chaud et doux !)

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(1) altitudes = départ et arrivée, à nouveau : (564/(((48/2)x1000)/100))=(564/240)=2,35%, ceci expliquant 48 km et 10 kmh
(2) je traine, ok, mais je m'arrête tous les 10 mètres pour prendre une photo : pas le temps de réaccélérer !
Lundi 22 mai. J'ai quitté les routes peu touristiques pour la seule voie d'accès à Bodø (prononcer Beudô). Immédiatement, première rencontre : Lee, Néo-Zélandais, 41 ans, a atterri à Oslo le 15 avril, s'est fait tout le sud-ouest par la côte, vélo acier léger très peu chargé. Nous faisons quelques courses puis déjeunons ensemble en surplombant le mondialement fameux maelström (malstrøm en norvégien) de Saltsraumen, décrit en exagérant par le Nantais Jules Verne, sous un soleil de plomb type Antibes un 15 août ; en clair, beaucoup trop chaud pour moi. Heureusement la ici très fréquentée 17 est doublée, loin, par l'ancienne route magnifique, mais pour finir il faut bien longer pendant une heure l'autoroute 80 avec pour une fois une véritable piste cyclable double voies, bien séparée, signalisée et propre. Au terminal d'embarquement c'est la cohue touristique. Je rencontre un Allemand, parvenu à Oslo en transports en commun, vélo acier très très chargé ; un Suédois, vélo carbone. Je discute aussi avec des Havrais et leur adorable fille pipelette de 6 ans, Charlotte, en fourgon aménagé pour trois mois. Nous embarquons tous pour un départ à 16h45 et 3 heures de traversée à ma surprise, gratuite. Les prometteuses îles Lofoten, enfin ! Déjà, absence d'ours - glouton - lynx - loup (des renards à foison par contre, parait-il). Le soir nous plantons ensemble au bord de l'ancienne route, côté océan sans éboulis, parallèle au invisible et insonore tunnel pour des polluants. Je prends le temps de filtrer mon eau, cuisiner du riz, tout en discutant avec Lee. Je tente de réparer mon bas amovible de pantalon déchiré entre la chaîne et le pédalier : sans succès. Désormais je vais rouler en pantacourt, additionné du pantalon de pluie si nécessaire.

du pont d'Åselistraumen
sur le fjord du même nom

début de maelström

la randonneuse de Lee
le Néo-Zélandais

les LOFOTEN au loin

Mauves-sur-Loire, Jules Verne
Saltsraumen, maelström

sur le pont Godøystraumen
juste avant la 17 pour la Tverlandsveien


le premier pont pour l'île de Straum
le second pour celle de Knaplunds

le Gravel du Suédois
avec caméra 360 à l'avant

au revoir le continent

le bord avant (ferry sans bastingage)

port de Moskenes
Mardi 23 mai. Au réveil, deux autres tentes, des marcheurs suisses francophones étudiants à Trondheim. Chacun part à son rythme, moi le dernier. Dès la première aire de stationnement, c'est bondé de camping-cars dont des Français de Luçon. J'arrive à Reine, dixit "un des 100 plus beaux villages du monde". C'est effectivement époustouflant et incroyable, pourtant sous une matinée fraîche, venteuse, au ciel bas et chargé. On croirait circuler dans des villages dessinés par des enfants sur des petites îles disséminées, reliées par de petits ponts ridicules sans orientations réfléchies apparentes, le tout formant des miniatures s'opposant au centre d'un cirque minéral, noirâtre, à la masse gargantuesque dominante. La journée se déroule ainsi, une suite de petites routes qui évitent les tunnels, magnifient les paysages, forcent à de très fréquents arrêts admiratifs, sous le soleil, désormais.
Pour enfin terminer la semaine 9 et ses presque interminables transferts de photos, aussi parce que la météo annoncée pourrait devenir déplorable, enfin parce qu'une bonne douche ne serait pas de trop, je décide de planter ma tente dans un premier camping que je refuse (400 KRN, peu attirant, douches HS) pour un second quelques kilomètres plus loin, en pleine nature, très vaste mais dévolu surtout aux campeurs en tentes et aux surfeurs (!) pour 240 KRN en bord immédiat de la plage de sable clair (!) dans les dunes, salle de cuisine et repas, immense salle de pause, électricité et wifi (d'une lenteur !) libre partout (Gjest_LofotenBeachCamp, code Sand1234). Je cuisine et dîne avec un cyclo-randonneur néerlandais âgé. Il a atterri à Tromsø, se rend à Å... puis retour au point de départ ! Moins chargé, il effectue le même nombre moyen par jour de kilomètres que moi (60) mais à une vitesse plus rapide (15kmh). J'attends pour regarder le soleil, orange, à l'horizon à minuit disparaître derrière une accumulation de nuages. Le vent souffle particulièrement fort.



Mercredi 7 juin. Tous les prévisionnistes annoncent de la pluie, et ... il ne pleuvra pas. Grâce au soleil qui pointe ça et là, les paysages sont d'autant plus magnifiés, grandioses, les sommets chapeautés de blanc. La circulation automobile est rythmée dans un sens par le bac précédent, dans l'autre par le suivant, pourtant une voiture esseulée s'arrête devant moi, la vitre s'ouvre, sort un bras, prolongé par mon casque : trop heureux d'enfin profiter des rayons solaires engendrant une température clémente d'environ 9°, j'avais laissé mon couvre-chef près du camping. Après le 18ème bac, de Lyngseidet à Olderdalen, je rencontre un cycliste différent devant une supérette de Storslett. Robert cultive tranquillement les paradoxes ; et moi, ça, j'aime bien. Il est Néerlandais et travaille comme instituteur depuis vingt ans au Québec. Il parle donc couramment français. Son vélo, cadre Surly, Rodloff à chaîne et tenseur (bonne idée), est trop chargé et se prolonge en surcroît d'une remorque mono roue. À 60 ans, une erreur de débutant ? Il a pédalé toute sa vie : Chili, France dans tous les sens, deux fois l'Alaska. Il assume ses choix : chaise pliante, photocopies de livres, deux réchauds mais ne cuisine pas, hyper équipé mais sans GPS, collectionne les plaques minéralogiques et autres qu'il glane sur son parcours. Un escargot ? On verra demain mais il m'annonce 80 km tous les jours. Nous plantons et dînons ensemble en bord de mer à l'extérieur du bourg.








dans cette salle de pause d'une supérette, alors que le norvégien et l'anglais prévalent, concernant l'alcool, ce sera en allemand et français...

vers minuit, Robert dort dans sa tente 1 place

vers minuit et demi, une dernière photo des environs immédiats
Reine



séchoir à morue
lac de Vassdal
(Vassdalvatnet)
ferme piscicole








séchoirs à têtes de morues (sans langues pour un mets d'exception nommé joues)

soleil de 23h30 (à minuit il pleuvait)
Mercredi 24 mai. Dans la "nuit" (il ne fait plus jamais nuit malgré Windy et SolarTopo qui en annoncent 1h45) je suis réveillé par une forte masse contre mon dos : le vent est tellement puissant que la tente se déforme contre moi. La technique de l'autruche (bouchons d'oreille et masque occultant) ne fonctionne pas. Je sors (3h30 du matin, grand jour, air sec, mer démontée) pour vérifier sardines et haubans : la tente plie sans cesse à chaque rafale mais ne rompt pas (3). C'est son rôle principal. Il s'agit même du modèle grand public 2 places le mieux conçu au monde pour ce cas... en doublant ou triplant les armatures (DAC NSL, ce qui se fait de mieux) dans les goulottes et godets, on obtient une résistance à 140 km/h (ou 110, je ne sais plus) pour les expéditions polaires, dans des conditions d'orientation précises et un haubanage de destroyer . Mais je reste amateur avec seulement une seule armature par goulotte. Windy (avec une station, par chance, à 2 km) affirme que le vent actuel se situe à 40 km/h avec des rafales à 60, pouvant forcir avec pluie dans deux heures à 85. En slip, je choisis de boucler les sept sacs lourds en laissant tous les matériels légers à l'intérieur. Après avoir extrait les armatures et les sardines allongé en étoile de mer sur la toile, avec rotation du corps pour saisir chaque fiche, je déménage l'ensemble au pied de la terrasse du "beach bar" et replante au ras (là où était le cycliste néerlandais qui finit sa nuit dans la cuisine) en doublant les sardines des haubans au vent par des grosses pierres (comme à côté l'Allemand en moto) et attachant ceux opposés à la rambarde. La pluie s'en mêle, j'ai terminé, et me rendors jusqu'à la sonnerie de 7 heures... puis 2 heures de plus avec vent qui faiblit et pluie qui forcit (et neige sur les cimes).
Journée majoritairement passée dans les deux salles de pause mais aussi à renforcer les pierres tout autour de ma tente car on annonce 90 km/h en pointe de rafale.
(3) voir tout en haut, page "Matériel" puis onglet "tente" : attention lecture longue et rébarbative

second plantage

heureuse de son cours de surf

rupture pluie et soleil
Jeudi 25 mai. Après une bonne nuit, je constate amèrement en me séparant des bouchons d'oreilles et du masque que la tempête est toujours présente. Après une étude très fouillée des prévisions, je ne suis pas plus avancé, cela va durer plusieurs jours, peut-être une légère accalmie seulement aujourd'hui de 10 heures à midi. Je me force à m'extraire du duvet, pacte tout ce qui est possible de l'intérieur de la tente, enfile directement le pantalon de pluie et la veste Goretex. Il a encore neigé sur les cimes nord et ouest cette nuit : un saupoudrage de sucre glace, en limite basse d'environ 400 m. Une fois lancé, c'est plus simple de s'organiser et de tout mettre en œuvre convenablement, et avec plaisir, en disposant des infrastructures et services du camping : façade abritée, toilettes, eau chaude, bouilloire, sèche-main détourné, papiers essuie-tout, ...
Je décolle enfin à midi sous vent violent mais dans la bonne direction, mélange de fine pluie, neige fondue et grésil. Les paysages sont tellement beaux, au ralenti par rapport aux véhicules à moteur, que les conditions météorologiques s'oublient assez aisément ; si ce n'est toutefois l'obligation de freiner fortement en descente pour ne pas subir les bourraques qui déstabilisent parfois dangereusement, ou dans la descente aussi de mon premier franchissement de tunnel sous-marin !
Bien que la météo ne soit pas de la partie, je crois compenser en choisissant après Leknes la 815 pour éviter la 10 mais le trafic est toujours très important, bizarrement très peu de touristes. Je comprends qu'elle dessert surtout deux isthmes résidentiels (vers Pettvika, Sennesvik, Steine, Stamsund) quand en se séparant par la 817, je deviens sur "ma" 815 quasiment le seul usager ! Cette portion de route sur 30 km est merveilleuse : une suite sans fin d'aplombs rocheux d'un côté de la voie, un espace malingre ou marécageux parsemé de plages désertes de sables blancs de l'autre. En contournant une maison inhabitée, je plante sur la seule bande herbeuse d'un éperon rocheux dominant le fond de baie fidjien et eaux boraboresques.


chèvres sur un toit brulant

existent : cheval, élan, renne, brebis, vache, cycliste... et skieur de fond

au soir, vue de la tente, sous la pluie
Vendredi 26 mai. Difficile de s'extraire du duvet au bruit de la pluie sur la tente, difficile de tout préparer y compris veste et pantalon de pluie pour n'avoir que chaussures et guêtres à harnacher sous le double-toit... mais facile de sourire sous le grésil : il ne pleut pas ! Vraiment cette espèce de grêle humidifie beaucoup moins que la pluie, c'est appréciable. Ce qui l'est moins, c'est qu'il a encore neigé cette "nuit" (Windy et SolarTopo sont désormais formels : durée du jour 24 heures, ce qui laisse peu, mais alors vraiment très peu de place à la nuit) avec une limite basse que j'estime à 250 mètres.
Au moment de me mettre en selle, je croise une jeune femme allemande à vélo type Gravel très peu chargé, elle a atterri à Tronheim et projette de décoller après trois semaines à Tromsø.
Malheureusement le mauvais temps et la grande route me rattrapent de Sundklakkbrue (pont du miroir du soleil) à la capitale Svolvær. J'ai subi également un problème de froid à la main qui ne s'est pas résolu comme d'habitude en bougeant sans cesse les doigts. J'ai dû m'arrêter durant une demi-heure chrono pour œuvrer successivement aux creux de la peau de deux endroits corporels chauds et secs, le premier est l'aisselle droite, pendant que mon gant séchait sous la gauche. Mais le moral (outre un temps la douleur, l'inquiétude surtout) n'est pas atteint.
Je me suis fait doubler, encore, par un Néerlandais atterri (encore) à Trondheim (encore) qui prévoit le Cap nord en 3 semaines (encore), en utilisant un Hurtigruten (4) avant de rentrer en avion (encore) de Tromsø (encore) ou Alta. Je commence à m'apercevoir qu'à ma grande surprise je ne croise pas de rouleurs au long-cours, mais des expériences comme moi au même âge en Irlande ou Islande.
Je sais avec bonheur que je vais emprunter une route (la 7638 Midnattsolvelen) beaucoup moins passante (donc plus défoncée) en optant sur l'île de Austvågøy pour planter ma tente chez Jos (même surnom que Justinas il y a 15 jours), avec qui j'échange depuis quelques semaines sur WTMG (welcomtomygarden). J'y parviens avec difficultés sous grosse majorité d'averses de neige qui, les sept derniers kilomètres, a désormais la particularité de tenir sur l'herbe, pas la route, et tous mes vêtements. Je ne verrai pas José, malade, mais son épouse d'origine néerlandaise qui me fait visiter son immense "jardin" (un joli champ à mouton), son extraordinaire cabane en bord de grève, et plus prosaïquement les toilettes et la douche. Je plante sous la grêle avec une attention toute particulière, au centimètre près, pour que le vent violent soit exactement dans le sens de résistance maximum (petit côté, pieds) et en doublant les sardines (deuxième dans la boucle de la cordelette d'extraction de la première, non pas deux dans l'œillet de tension) et je triple par des pierres. Je prends une douche, surtout motivé par un point douloureux de froid sur le moignon (un petit morceau mouillé de la manche du pull le touchait, résultante de la baisse d'attention des derniers kilomètres et de la durée de montage de tente) et, c'est nouveau, froid aux orteils ; ce qui théoriquement est strictement impossible avec mes chaussures de classe B/C, avec tige de respirabilité (Air révolution), avec laçage de compet' (Xtenex), avec guêtres sur les hauts de chaussures et avec surpantalon étanche GoreTex sur les guêtres (4). Je laisse certains vêtements sécher dans la maison. Après Je termine la journée au fond de l'abri ouvert sur la mer plein ouest à cinq rouleaux successifs permanents, une peau de renne sous les fesses, l'autre sur les genoux (si, si), en dînant, tout en regardant la luminosité ne pas disparaître ni diminuer d'un iota. Le thermomètre de la cabane annonce 0,5° mais en réalité il fait bien plus chaud : mon compteur (celui qui ne sait pas afficher les pourcentages de déclivité au dixième) annonce 1,2°.
Je profite ici de l'occasion qui m'est donnée d'écrire (pour des raisons inconnues) des techniques totalement inintéressantes (et que d'autres lisent avec intérêt, pourrait-il) que j'ai mises en œuvre par hasard depuis les épisodes nocturnes (avec nuits !) du centre de la Norvège, et qui me permettent de ne plus jamais jamais (genre toujours jamais) avoir froid en dormant :
a) je relève la température prévisionnelle, si elle est froide je rajoute seulement une couche en haut et en bas (non pas deux, sinon j'ai à un moment trop chaud, j'ouvre le duvet puis j'ai froid)
b) je m'endors tous les soirs avec la capuche du duvet fermée, cordelette serrée, nez et bouche en seuls contacts avec l'air de la tente, ce qui limite l'évacuation de l'air chaud du duvet par le haut
c) surtout, j'ai inversé l'ordre des matelas (5) : désormais dessous le matelas (Prolite apex regular 38 mm autogonflant de TherARest) qui devient un sommier, désormais dessus le sommier (Z lite sol métallisé jaune de TherARest) qui devient matelas. La raison principale est que le côté métallisé en contact avec le duvet réfléchit (il ne pense pas, il renvoie) la chaleur corporelle en contact immédiat. Note : côté jaune, c'est pour absorber la chaleur, donc rafraîchir.
(4) fierté des fiertés norvégiennes depuis1890 où les nouveaux navires et les officiers navigants sont dignes des meilleurs au monde. Il existe un proverbe qui dit à peu près que pour réussir financièrement dans ce milieu, l'argent doit être américain, la construction à Saint-Nazaire et le capitaine norvégien formé à l'Hurtigruten.
(5) voir tout en haut de page "Matériel" puis "couchage"



spot au matin dans la baie de Sandvika sur l'île de Vesvågøy





spot au soir, en WTMG, à Straumnes, commune de Lauvika, île de Austågøya
vue de la cabane et grêle en bas de toile
Samedi 27 mai. Je quitte mes hôtes avec un gant sec et les extrémités des manches de deux pulls sèches, je traverse l'extraordinaire baie de Hauklandsvannet (mi eau douce) et Grunførfjorden (mi eau salée) en regrettant de ne pas avoir planté sur l'île de Storholmen, je croise deux Wallons, pieds et mains dans des sacs plastiques, qui ont atterri à Tronsø pour décoller après 4 semaines à Bergen, je trouve un téléphone et des papiers d'identité rendus à son propriétaire via sa femme qui a appelé, j'en bave (8 km/h sur 7 km de plat) par vent debout dans 50% du Morfjorden... et sans vent de l'autre côté alors que je m'attendais à être poussé. A Fiskebøl, toujours avec le froid aux orteils, dans la salle d'attente vide du terminal d'embarquement du bac (ferjekai), j'échange mes deux paires de chaussettes en mérinos (les fines offertes par l'Intersport de Røros probablement avec trop peu de laine et les épaisses du français Monnet) par les deux fines (sales) Aclima à 78% de laine mérinos : je n'aurai plus froid (si pas humide) aux bouts des pieds. Ce n'était donc pas un problème d'étanchéité des chaussures mais de résistance au froid via les chaussettes de l'archiduchesse.
Le bac de Fiskebøl à Melbo me fait dire au revoir les Lofoten et bonjour les Vesterålen, d'abord par la route ouest "7634 Haugveien" (plus longue mais plus belle que la directe 82) puis l'île de Bør (Børøya) où je plante sous la pluie dans un très beau camping non prévu pour les tentes : électricité, douche, lave-linge illimités et inclus. Je vais me faire tuer demain matin et en plus ça va me coûter une fortune (l'affichage camping-car est à 350 KRN). Ce soir là je discute longtemps avec un Norvégien éducateur spécialisé (Nurse special) qui a la rare particularité de parler anglais moins bien que moi, jusqu'au moment de comprendre que sa girl friend est espagnole : nous terminons donc en mix d'espagnol anglais dans toutes les phrases. Il s'appelle, prononcer "ïèn", Yohan me dis-je. Non, c'est Jean !



Dimanche 28 mai. On m'explique très très gentiment à la réception de l'hôtel attenant qui gère le camping que les tentes ne sont pas prévues, qu'on espère que je n'ai pas eu trop froid, qu'on invente un tarif à 200 KRN. Je discute beaucoup avec deux Autrichiennes en camion qui lavent leur linge dans la pièce attenante à la cuisine du camping : ceci gratuitement, invitées par la réception. Je finis par comprendre dans la journée que l'ensemble du personnel, compris manager premier niveau, n'est pas Norvégien, souvent les trois pays baltes et la Pologne, logé sur place. Avec un salaire moyen à 6000 €, malgré des taxes énormes et des impôts colossaux en prélèvement à la source, la Norvège (5ème pays le plus riche au monde) demeure un eldorado pour qui veut travailler beaucoup au regard d'un temps d'emploi journalier non limité pour les étrangers, par contre dans un cadre particulièrement strict qui ne laisse aucune place aux non déclarés, la pratique courante de l'anglais et l'apprentissage du norvégien étant obligatoires. Puisque je reste une journée, puisque le wifi est particulièrement lent dans la cuisine du camping, on m'invite "à prendre la vie sans stress" (littéralement et en anglais dans le texte), à utiliser mon computer avec électricité dans la salle de restaurant et à manger à l'énorme buffet (tout ce que je veux, en revenant autant de fois que je veux, mais il n'y a ni pain ni fromage) avec un tarif spécial pour moi de 119 KRN (remise de 50 à 70% ?), boissons payantes (je n'en prends aucune) mais le café est gratuit : ou comment passer une journée au chaud en travaillant ces lignes, beaucoup manger vraiment pas bon (sauf trois sortes de pomme de terre, compote de framboises et confiture de poires), tout en regardant tomber la pluie sur le port à chaque lenteur vertigineuse du wifi.

le soleil se situe en haut de la photo (zone "blanche") vers 19 heures

l'arrivée au port de Stokmaknes de Hurtigruten journalier

22h45
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Lundi 15 mai. Beau temps depuis 5 h ce matin où j'essaye de dormir plus longtemps mais la chaleur accumulée sous les deux couches de nylon de la tente est trop importante, malgré les nuages qui envahissent tout le fond de fjord. Je me présente comme convenu à 11h au magasin : aucun colis. Je propose à la gestionnaire de faire effectuer quelques réparations en attendant l'éventuelle livraison : refixer le capteur du compteur qui a glissé hier, tenter de détordre la béquille. Je pars me promener en espérant récupérer mon vélo avant ce soir. Une heure plus tard elle m'appelle, c'est prêt. Le capteur a été fixé, la béquille changée mais surtout les plaquettes arrières sont remplacées par des premiers prix en limant de moins d'un millimètre dans la plus grande longueur. Pour le réparateur, il s'agit là de la seule différence entre les deux modèles. Les garnitures avant se révèlent usées à moins de 40% parce qu'insuffisamment sollicitées ! La note est dérisoire, même si la béquille me parait peu fiable. On me propose d'expédier mon colis à l'Intersport de Finnness où je passe dans environ 3 semaines. L'ensemble de mes interlocuteurs vient me saluer et refuse que je paye ce routage.
Il est 13h et aucun signe de pluie, je rentre au camping, empaquette en un temps record, sors de la ville et quitte ENFIN l'E6 pour la 78, sa promesse de bacs et tunnels, de grèves où camper, d'absence d'ours. Le 3ème tunnel promet un long souvenir de 11 km. Je l'aborde, guilleret, en m'éloignant par le haut du fjord Vefsn et après un petit détour par la bucolique FV241 (FV = graviers compactés ou goudron sans déneigement prioritaire ; F = goudronné avec) jusqu'au panneau interdit de stationner aux piétons et cyclistes, là, en rase campagne abrupte, à 100m de la gueule béante. Bizarre, pourquoi interdire ici ? Peut-être tunnel interdit ? Sans doute, certainement même. Qu'à cela ne tienne, pratiquons derechef le stop-vélo déjà expérimenté avec 27 kg de bagages qui fonctionne à merveille. Pas là, pas sous la pluie qui débute, alors qu'à 100m je suis à l'abri durant une heure. Bon, réétudions la carte : demi-tour (pas mon truc) plus E6 (raz la casquette) plus environ 1,5 jour de pédalage supplémentaire et forts dénivelés positifs additifs, ou, demi-tour et ferry payant directement pour Bodø. ou, benoîtement, droit devant 10720 mètres dans le froid sec parfaitement éclairé. Le trafic est particulièrement faible, la conduite des véhicules exemplaire : aucun danger. Le bruit par contre est assourdissant pendant presqu'une heure, me dis-je, à cause des moteurs, des pneus cloutés surtout et des ventilateurs. Comme dans de nombreux tunnels, ça monte doucement (1/2%?) où je presse l'allure à 16 kmh, puis à mi-distance une pente inverse du même acabit. Etonnement, à peu près là, à 24 kmh linéaires : plus aucun véhicule, ni devant, ni derrière. J'ai compris presque de suite, je force à 30 (personne, en descente, revêtement nickel chrome) et atteins la file de six ou sept camions et voitures à l'arrêt devant le feu rouge et évidemment la voiture de police. Une jeune femme me fait signe de me garer, une autre libère les patients motorisés. J'ai su dès le départ que ça se passerait bien, mais avec quel montant d'amende ?
Etes-vous Norvégien (en anglais directos) ?
- Ail äm frènch ?
- (en norvégien à sa collègue) genre "tu vois, j'aurai parié" ou "bin là on va pas pouvoir faire grand chose" ou "c'est toujours pareil avec les latins, il suffit d'un panneau interdit pour qu'ils le fassent". Puis "Did you know that we interrupted the traffic of the largest tunnel in the region for you ?"
- Ail äm sori... euh, so sori.
- He's sorry !
Suis un bon quart d'heure de vérification d'identité, d'argent liquide disponible, de durée dans le pays puis d'un intérêt marqué pour mon voyage. Elle me laisse partir en me répétant de faire attention et place avec un sourire de satisfaction le mot "bravo" en français dans sa dernière phrase de félicitation pour mon "enterprise".
Le soir, 2ème bac en Norvège (9ème bac et ferry du voyage) sur le fjord Ran où je suis seul sur le parking, le soleil passe derrière les montagnes au nord-nord-ouest (belle lurette que le soleil ne se lève plus à l'est ni se couche à l'ouest), avec désormais un vent très frais. Comme à l'habitude j'enlève ma veste coupe-vent, je garde mes trois couches (WoolNet, LightWool et WarmWool d'Aclima) j'enfile non pas une mais deux couches (HotWool et ma doudoune légère avec manches de TripleZéro) avant de réenfiler la veste. Franchement, là, j'aime bien, je suis au chaud intérieur, froid extérieur, je fais des photos. Je regarde pêcher à la ligne des locaux, qui n'en sont pas puisqu'ils se parlent dans une langue slave (polonais, ukrainien, russe ?). Manque une boisson chaude peut-être : le terminal est tout petit, perdu, sans épicerie ni services à l'exception de toilettes. Je vois alors un homme descendre à ma rencontre, la quarantaine, armé d'un thermos et d'un verre en plastique, j'ai droit au café, nous discutons. Entre autres il m'explique que la majorité, voire la totalité des maisons que je vois sont des résidences de vacances, dont la sienne, des héritages à l'abandon ou des cabanes de pêchers, elles-mêmes désormais tenues par quelques retraités.
Le dernier bac surchauffé "FRA LEVANG TIL NESNA 2120" (de Levang à Nesna 21h20) chaud dedans, chaud dehors, au secours je bous, finit de m'achever. Je plante parce que fatigué au seul camping, émerveillé par la présence, ENFIN, d'une autre tente. Il s'agit d'un couple de Néerlandais qui durant trois semaines, après l'avion, descend avec deux camping-car suiveurs des Lofoten jusqu'à chez eux. Juste avant de me coucher, net rétamé, je visite la salle de pause à la recherche d'une bouilloire pour demain matin. S'y trouvent très joyeusement le couple et six autres qui m'invitent à parler, raconter la traversée de leur pays, manger des toasts aux fromages et boire une bière. Là je suis vraiment totalement achevé, m'endors avant eux vers minuit et demie en mi clarté sans le recours d'un éclairage d'appoint.



un grand nombre de Norvégiens
font leurs grosses courses en Suède
genre Bricoman


l'important c'est de le savoir

le thème des coccinelles est souvent présent. Je sais pourquoi.


exemple de ce que je n'aime pas en Norvège
cette poussière et gravillons

l'école de Granmoen




seul à attendre le bac




coucher de soleil au camping
Mardi 16 mai sera surtout consacré à gravir une pente de 12 km dont une partie annoncée à 9%. En réalité il n'existe que deux passages de ce dénivelé, mais on a environ 5 à 6 km de 7 et 8% que je ne sais pas opérer autrement qu'en vélo poussé, et la presque totalité du restant de 2 à 6% où les 5 et 6 je pousse aussi quelque fois, puis souvent, en haut de côte. Comme toujours sous ces latitudes, la moindre élévation fait disparaître progressivement les fleurs pour la neige, le vent qui rafraîchit et les bouleaux noueux, denses mais peu élevés, parsemés de sapins majestueux mais peu nombreux. On ne peut pas dire qu'il pleuve ni ne pleuve pas. Je me trouve sur la limite basse des nuages, omniprésents, mais qui laisse coi d'admiration, contemplant des montagnes gigantesques qui plongent abruptes dans le fjord sur la rive opposée, avec cette lumière dont on ne sait d'où elle provient. Après quelques menues péripéties dont la casse de ma nouvelle béquille (durée de vie 29 heures) et nombre de petits tunnels, je parviens, encore, dans un nouveau fond de fjord, Sila, celui-là. L'endroit est magnifique, plutôt petit, très similaire à quelques abers bretons, si ce n'est les gigantesques montagnes en forme de dents plus proches de la vision Corse. Je plante sur le sable en limite la plus haute du varech détaché, après avoir vérifié les horaires des marées et la progression des hauteurs. Impossible de trouver un gros arbre accessible pour isoler des gloutons (pas d'ours ici) mon sac de nourriture et ustensiles : je l'enfouirai sous un tas de gravillons en bord de route, de ceux qu'on trouve partout pour recouvrir la neige. Dans ce pays, du moins avec certitude en campagne, on ne sale pas. A la faveur d'une promenade photographique, je provoque la rencontre vers 23 heures (les nuages sont montés, le soleil va atteindre l'horizon marin) avec un habitant et son chien St-Bernard "a dog of alpèss of Swidzerland" dit-il, et nous discutons horaires de ferry, éducation canine. Je lui demande, sur les environ dix maisons que je vois, combien sont habitées à l'année. Il me répond que sur une cinquantaine en réalité, beaucoup sont cachées, lui et sa famille forment les trois seules maisons habitées à l'année, qu'en ce jour de fête nationale quelques personnes reviennent pour "monter le drapeau".
Je m'endors sans difficultés, bercé par les flots, non pas par les voitures parce que cette route V17 relativement conséquente n'est alimentée que par des bacs à chaque extrémité : plus de bac, plus de véhicule.

un poil après minuit


bouleaux



du haut de la super réfrigérante grimpette
on voit où je serai dans une paire d'heures

tant les fjords sont tortueux
on ne sait jamais où se trouve la pleine mer


l'environnement 360° du campement


Mercredi 17 mai sera marqué d'abord au nord de Stokkvågen par la découverte au détour d'un virage de ma première "ferme" aquacole, du saumon probablement, puis à Brattland de morues séchées sous les claies d'une hutte de pêcheur. Suit un tunnel de 3 km environ, assez particulier puisque cette fois il monte sans cesse, accroît sa pente (environ 3%) pour déboucher sur un pont : ils sont fous ces Norvégiens ! Arrive ensuite une vallée avec lac, assez petite puisque dotée d'une seule ferme, nœud en cuvette de plusieurs presqu'îles toutes très très montagneuses, à la manière d'une étoile de mer où un seul doigt serait rattaché au continent. Puis comme toujours un tunnel (plusieurs par jour, tous les jours) qui débouche sur un nouveau fjord, celui-ci sous la pluie ; l'inverse est aussi possible.
J'arrive à Kilboghamn, comme toujours un simple hameau doté d'un embarcadère en eaux profondes, et celui-ci d'un "restaurant", une salle avec une cuisine, type self, attenante, souvent tenu par des immigrés (j'ai discuté avec des Tunisiens, Turcs, Libanais, Syriens), quelques uns m'ont dit être réfugiés politiques. Je dispose de 1h15 d'attente, il pleut, j'ai faim. A ma grande surprise, le lieu qui affiche "fisch and ships" en spécialité maison, à l'habitude c'est burger, est tenu par un couple Algérien-Portugaise. Lui est peu loquasse mais très souriant, elle plus prolixe (ça tombe bien, moi aussi) et me dit chanceux parce qu'ils ont hier terminé la réserve hivernale de morue séchée pour juste commencer aujourd'hui celle fraîche du matin. Nous discutons Portugal (Portougal!), éducation des enfants (dont Caetama qui joue un peu avec moi en robe de princesse à paillettes et trottinette rose : 5 ans, parle "3 langues et demie" dont l'anglais mieux que moi ; et Noha 2 mois dans les bras de la grand-mère qui berce, chante et sourit en permanence. Le poisson, deux énormes morceaux (on a voulu me faire plaisir), est délicieux, tendre, heureusement très légèrement sous cuit dans une gangue de friture fermée mais non solidaire de la chaire restée humide, chaude et peu salée, servi avec des bonnes frites soupoudrées de paprika (fréquent dans ce pays), une mayonnaise faible à l'huile d'arachide et à l'aneth déshydraté, et, je ne m'y attendais pas, une louchée de fine julienne de légumes (concombre, oignon, peau de citron, courgette, persil, tomate, poivron). Le patron se mêle de me trouver un camping pour l'autre côté du fjord (il dénichera une hutte à 600 KRN : sans moi) et m'offre le deuxième café contre les dires préalables de son épouse : tous en rigolent, ça respire le bonheur dans cette famille. Un vrai plaisir.
L'inverse de la météo à l'extérieur qui promet une traversée agitée. Autant je ne peux pas approcher d'un parapet, monter sur une chaise ou désormais prendre l'avion, autant la forte mer m'influence moins. Surtout va se réaliser un rêve d'enfance : franchir le cercle polaire arctique. Si nous sommes 15 sur ce très gros bacs d'une heure doté de plus de 100 fauteuils (je ne me souviens plus, je les ai comptés, c'était à trois chiffres) on a fait le tour. Comme d'hab, je suis le seul touriste. La sortie sur les plat-bords s'avère interdite malgré un roulis assez faible et un tangage presque nul : nous sommes dans les nuages qui touchent l'eau, moins en fin de parcours, sans doute protégés par une île, toutes ici de reliefs marqués de roches sombres, abruptes et dénudées.
Au débarcadère de Jektvika le surpantalon de pluie devient nécessaire. Au fond du fjord je m'arrête à toutes les maisons pour obtenir de l'eau : personne même celles éclairées. Il s'agit bien de résidences de bord de mer, les lumières sont programmées ou à déclenchement automatique. Les nombreuses voitures ça et là sont en s'approchant à l'abandon, sans plaque d'immatriculation. Je déniche à nouveau, mais c'est facile tant les grèves herbeuses sont nombreuses entre les rochers de granit, un bel endroit de campement qui commence par la filtration de plus d'un litre d'eau à un petit torrent, suivi de sa stérilisation par lampe UV : depuis le temps que je me trimbale ce petit matériel, il a enfin servi. Nous verrons au dessus du 70ème parallèle si le jeu valait le poids de la chandelle.



ferme aquacole

ciel bas, chargé, partout, souvent, mais
luminosité due à la réflexion de la mer
de l'eau partout
ici dans une faille récente d'effondrement
derrière l'unique vitre de la salle d'attente des camionneurs



quelques Français qui laissent des traces






ils ont gardé les bien trop hauts et massifs décors en carton-pâte de la première saison de Vikings (c'est drôlement bien imité)




une des nombreuses cabanes de pêcheurs
désormais souvent à l'abandon


salle du restaurant de Kilboghamn, vue du même endroit vers l'extérieur désormais pluvieux



le cercle polaire sur un bac dépeuplé et une météo peu clémente
Jeudi 18 mai En bâtant mon vélo, après le limiteur de direction (j'en suis au 3ème, cassé) et la béquille (2ème, cassée), médusé je m'aperçois que le porte-bagage arrière (Tubus, allemand, très renommé pour sa durabilité) est cassé. Il a été percé à un endroit de contrainte, ce qui a dû le fragiliser, pour sortir le câble d'éclairage rouge. C'est sans conséquence actuellement mais il faut que je protège la liaison électrique des cisaillements.
Souvent en côte le long du lac Blokvatnet à gauche, le fjord Tangneset à droite, juste avant le tunnel Straumdal, je suis doublé par un fourgon aménagé allemand qui s'arrête devant moi. En sort prestement le conducteur armé d'une cannette de bière "Krombacher pils 500 ml" qu'il m'offre "for the evening" parce que lui aussi fait beaucoup de vélo "around the world". J'aurai préféré un café. Plus tard, à l'embarcadère d'Ågskardet où je discute avec mes premiers Français, des Brestois en camping-car, je le retrouve : lui et elle m'offrent à prendre... le café durant la traversée de 10 mn pour Forøy sur la presqu'île d'E (Esøya de øya=île ; søya=presqu'île). On peut découvrir ses aventures sur "volkersradour.bplaced.net/wordpress/" dont son tour d'Australie de 8000 km.
Pour éviter le tunnel Svartis interdit aux vélos sur la Fv17, j'opte pour la magnifique Fv452, son (encore) tour complet de fjord et son (encore) bac (gratuit pour inciter les vélos à ne pas utiliser le tunnel) à Vassdalvik (vass=roseau ; dal=vallée ; vik=baie ; la baie de la vallée des roseaux). J'ai deux heures à tuer dans la salle d'attente (une toute petite cabane mono pièce, surchauffée, sans prise électrique ni wi-fi), les sanitaires (idem à l'autre extrémité du parking vide), à me promener, photographier et discuter avec des pêcheurs qui ramèneront une lotte de 90 cm. Après 20 mn de traversée sur un petit bac sans passerelle ni bastingage, la ville d'Ørnes au débarcadère dispose de nombreux commerces tous fermés en ce jour d'Assomption. Je pédale jusqu'à Reipå (prononcer Réïpô, sorte de St-Gilles-Croix-de-Vie en hiver, les montagnes enneigées à ajouter) où tout est fermé, puis exténué jusqu'à son camping, ouvert mais sans campeur (outre un camping-car suédois et trois huttes louées par des Norvégiens) qui se révèle à prix bas et excellent : salle de pause complète avec cuisine équipée et garnie, chauffage, wi-fi libre, prises électriques, douche sans supplément. Ce soir-là, je me suis involontairement endormi habillé sans duvet sur mon matelas non gonflé ! J'ai rectifié vers 1H30 (gonfler le matelas, vêtements de nuit, confection de l'oreiller, sac-à-viande, duvet) sans nécessité de recours à une lampe, sous deux couches de nylon, sous ciel plombé et vent violent.



campement du matin, entrain (ou à vélo)
sortie de tunnel sur entrée de pont
"avoir les dents du fond qui baignent"
(cas fréquent, voire les nuages frôlant l'eau)

< messages personnels >



tout à l'heure, je serai là-bas, de l'autre côté du fjord, sur la petite route près de la grève, d'où j'ai pris la photo suivante

tout à l'heure, j'étais là-bas, de l'autre côté du fjord, en haut de la colline, d'où j'ai pris les photos précédentes

en attente du dernier bac
Vendredi 19 mai
Lever tard avec 11 heures de sommeil, puis lessive et douche. Journée de repos sous un ciel pluvieux de bout en bout dans la cuisine de Reipåcamping, essentiellement consacrée à la rédaction de ce site, la correction, insertion et mise en page des photos. La journée n'a pas suffi d'ailleurs, il faut que je sois plus synthétique et fasse un pré-éditing directement après chaque série de prise de vues.
Samedi 20 mai
Je rencontre le Norvégien Stian qui marche jusqu'au Cap Nord avec un chariot accroché à sa taille, 15 à 50 km par jour, et dort en huttes ou hôtels payés par ses sponsorts. On peut le suivre sur " Stian gaar mot kreft og einsemd". La journée se déroule en pédalage sans grande saveur mais sans déplaisir, le ventre vide pour rejoindre l'embouchure du colossal fjord Vest, presque une mer, s'approcher de Bodø et son futur ferry pour les mythiques Lofoten la semaine prochaine. Je bats sans fierté, je m'en serai bien passé, mon record de dénivelé cumulé positif (DC+) avec 952 mètres : parti et arrivé de et à la mer (de la même altitude), le DC- donne donc le même chiffre : un parcours à 50% positif 50% négatif. Pour un total de 73 km, on a donc 36,5 km (73/2) à DC+952m et autant en descente. Le taux de dénivelé positif moyen est donc de 2,6% : c'est assez décevant en comparaison du volume de sueur généré et de douleurs aux jambes !
J'avais envisagé la ville de Saltstraumen et son rebutant énorme terrain pour camping-cars. Un seul autre d'ici là sur GoogleMap (inconnu de LocusMap), dans un hameau qui affiche un seul commentaire pour une situation trop idéale pour être vraie : chemin loin de la grande route et les pieds dans l'eau du fjord. Sur place rien... si ce n'est les mots "toalett og dusj" sur la porte latérale d'une maison. Au bord de l'eau une autre maison où un jeune setter me fait la fête. Alerté, son propriétaire sort souriant, me dit qu'il est locataire de cette "cabin" (résidence secondaire de fin de semaine ensoleillée ; "hytte" en version simplifiée sans sanitaire pour pêche, chasse ou touriste). Il appelle le propriétaire : c'est réglé, il s'agit bien d'un camping (sans emplacement, sans cuisine, sans aires de jeux, etc). Je suis invité à rentrer dans la maison, une première, à boire une bière, à discuter, à exposer mon voyage. Arrive le propriétaire, franchement sympathique, affirme le wi-fi gratuit partout, me fait payer une somme plus faible qu'un municipal français (!), visiter son garage de pêche, admirer son saloir à morues, son séchoir, le contenu des ses congélateurs remplis de poissons. Nous visitons son sauna (tradition finlandaise, pas norvégienne) presque neuf et propose que j'y dorme : bancs se transformant en couchettes formant lit et table, baie vitrée à trois mètres de la grève orientée vers le large. J'accepte volontiers d'autant que réduire le temps de montage démontage de la tente est une heureuse perspective : sans électricité toutefois, je n'en dis pas un mot, il me faudra recharger les batteries dans les sanitaires. Le locataire me rappelle : nous dînons d'une viande hachée en sauce brune gratinée. Je m'endors, évidement toujours avec le bandeau oculaire qui devient indispensable, et les bouchons d'oreilles (les oiseaux sont nombreux ici qui ne piaillent plus la nuit tombée) en découvrant une fonctionnalité de l'application météo Windy : ici et aujourd'hui le soleil se couche à 23h15 et se lève à 2h45 ; confirmé sur SolarTopo pour demain avec lever à 2h39 et coucher à 23h23 pour atteindre 24h00 le 4 juin (soleil de minuit = pas de coucher = unique point de coucher et lever), probablement un peu plus tôt pour moi qui me déplace vers le nord.


Stian

avant le pont :
jolie rivière à canoë

après le pont :
non, en fait !

on vient tous de quelque part
- moi, c'est d'en bas

avant le tunnel, c'était par là




papa, c'est quoi un fjord ?

papa, c'est quoi un rêve ?

lac en haut d'un col

vue du sauna



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(1) comme les bacs et ferry, tous moyens de locomotion autres que le vélo ne sont pas comptabilisés, y compris donc celui de vendredi.
(2) ce jour de repos est inclus exclusivement dans le total général
Lundi 8 mai. Super beau temps, il fait quasiment très chaud, pas de vent ou alors un poil dans le dos. Malheureusement je n'ai pas trouvé d'alternative à la grande route E6 mais la cyclable est bien séparée, quelque peu montagnes russes mais ça va. Pour cause de cagnard, j'inaugure la tenue vestimentaire qui fera date dans la fashion histoire de la mode cycliste : en haut un maillot sans manches avec les bretelles (1), en bas demi pantalon, mais toujours avec les guêtres. J'ai croisé un cycliste, 10 ans de plus que moi, qui a fait tout en Norvège, Cap Nord > Lidesnes (les 2 points, hors îles, les plus éloignés) en 17 jours à 165 km par jour, toutefois avec zéro charge et sa femme en voiture suiveuse et dodos à l'hôtel. La journée s'est vraiment bien déroulée. Je me suis même surpris à ne pas descendre de vélo pour gravir 1500 mètres à 5, voire 6% (beau temps, léger vent portant, surface lisse et propre), de ne pas détester malgré le mal aux cuisses (utiliser les cale-pieds pour remonter la pédale) en plus des mollets (pousser sur la pédale). Je ne me lasse pas des bacs, toujours gratuits pour les vélos et piétons non pollueurs, ici entre Flakk et Rorvika.
Le soir, je domine ma peur des ours et gloutons, en descendant d'abord à pied pour repérer un chemin vertigineux à environ 30% (plus pentu que les 25% près de la gare au Cellier) sur 150 mètres qui mène à des habitations dépeuplées de fin ensoleillée de semaine, puis à travers les arbres à 50% (45°, aisé à juger) sur 100 mètres pour atteindre le bord du fjord. Je plante dans la mousse, à friser les rochers, les bois flottés, les varechs. Pour uriner loin du campement (ne pas y attirer les bestioles susnommées à l'odorat exceptionnel) et éviter une flaque d'eau, je glisse sur une plaque de mousse et tombe lourdement le cul dans l'eau. On parle trop peu du pouvoir d'amortissement du granit : il est faible, particulièrement faible. Plus de peur que de mal puisque trois jours plus tard, je n'ai plus aucune séquelle. Néanmoins ce jour-là je me coupe très légèrement. Il me faut donc agir pour ne pas, par le sang, attirer les prédateurs : laver dans l'eau de mer, effectuer un pansement d'une seule main, enfouir 100 mètres plus loin les déchets du nettoyage et pansements.
(1) le retour, parce qu'enlevées quand il faisait froid avec 3 ou 4 couches qui augmentent le tour de taille dans le pantalon
vu souvent, du primaire au lycée
ramassage des détritus autour de l'école

signes religieux dans les écritures orientées vers la rue, pas de marbre au sol

coucher de soleil désormais au nord ouest
bac dans le fjord de Trondheim
le 8ème du voyage en incluant le ferry

bois flotté sur la grève


vue de ma fenêtre (de tente)
t'étais où (hou hou hou hou), l 'ours
Mardi 9 mai. La remontée des deux pentes fut épique, à base de nombreux allers-retours pour bâter le vélo dans le chemin où le pousser s'avère impossible : trop de poids. Donc on décroche les trois sacoches arrière, on dispose les deux latérales avant à l'arrière, on monte le vélo, on redescend chercher les trois sacoches en plusieurs tours. On reconstruit le chargement en ordre de marche en bord de route. L'ensemble m'a pris plus d'une heure, je suis exténué ce qui transparait immédiatement dans les premières côtes où je suis incapable de franchir les hauts à partir de 3 ou 4% sans descendre de vélo. Au fur et à mesure que la journée avance mes muscles deviennent plus chauds, je récupère de mon Anapurna du matin et je me mets à gravir sans trop de difficultés, en tout cas sans mettre pied à terre, les 4 et 5% (pas les 6). Il existe peut-être une leçon ici à prendre en compte : les étirements à effectuer avant toute chose, admettre qu'un temps non négligeable sans performance est nécessaire en début de journée, à coup sûr la surconsommation d'eau, et, j'en suis très déçu, le dopage au café.
Dans la journée j'aborde la route 720. Elle est un peu oubliée, très peu fréquentée puisque la circulation locale se réparti de chaque côté des montagnes entre la 755 en face de Trondheim et la 715 plus proche de l'Atlantique. La 720 est rectiligne (faille ou vallée glaciaire) sur 22 km, ondulée par contre, sans aucune autre alternative routière, du hameau de Rissa à celui de Verrabotn. C'est une merveille de beauté simple (en 2 heures j'ai vu 7 tracteurs, 2 voitures et 1 camping-car), sans attrait commercial (strictement rien à vendre), parsemée de petites fermes mais sans résidences secondaires, et truffée de cervidés (vu plusieurs, plusieurs fois, de grosseurs différentes), le long des rivières franchement vives Skauga puis Sorelva. La 720 se prolonge ensuite sur 40 km le long du fjord Beitstad, devient sinueuse en épousant la rive, toujours ondulée, toujours sans aucune autre route possible. Elle apparait ponctuée de maisons résidentielles colorées, cabanes de pêcheurs, sans ferme par contre car presqu'aucun terrain plat.
En fin de journée, un panneau ancien annonce la proximité d'une plage avec parking, mobilier et WC. Point de sable mais une aire herbeuse en contrebas au bord de l'eau (salée, même si la mer ouverte se situe ici à 50 km à vol d'oiseau, 150 en navigation), plusieurs tables et bancs, des sanitaires fermés (à la vis étoile de 12, rouillée) et pas un chat. Je finirai toutefois à la bière, olives (de couleur marron !) et dés de fromage avec un couple camping-cariste allemano-bulgare, après la suspension de mon sac "manger" (matériel et nourriture) à plus de cent mètres de ma tente à une branche très élevée à l'aide de la poche à filin remplacé par une pierre.
Mercredi 10 mai. Monika et Janik m'offre le petit déjeuner : café... au lait qu'ils m'imposent croyant me faire plaisir (pas de béret, pas de baguette de pain sous le bras, mais du lait dans le café bien sûr), pain, confiture et fromages.
Je termine la 720 sur un pont payant (pas pour les cyclistes et piétons) pour rejoindre Steinkjer par les routes FV17 et E6 très passagères et sans piste cyclable. Une douleur subite à l'intérieur du genou gauche m'oblige par précaution à planter la tente au camping partiellement ouvert, au tarif pour la première fois affiché avec de plus basse et haute saison, avec douche incluse, et pas cher : renseignements pris, il s'agit d'un camping de commune.

oies sauvages

la majorité de l'électricité
est d'origine hydraulique
en Norvège

travaux d'urgence sur la peu large 720
suite à éboulement de rochers cette nuit
jusqu'à plus du milieu de la route
(leçon n°648 :
ne pas planter la tente au pied d'une falaise)
Jeudi 11 mai. Malgré un dénivelé un peu plus important, et parce que je vais vomir le bruit dingue des pneus cloutés sur le goudron de l'E6, je choisis la 763, les routes à 3 chiffres semblent en Norvège le niveau de vélocité et la qualité paysagère qui me conviennent, en longeant les lacs (Vatnet, littéralement eau pure, au sens sans sel) Reins, Fossem et l'immense Snåsa (42 km de long) d'une majesté qui m'impressionne avec ses îlots, ses flots bleutés où se reflètent les nuages de beau temps et les imposants massifs enneigés environnants. Sans douleur au genou, je choisis même une route (Valløyvegen) non goudronnée (donc non déneigée en hiver) plus longue mais plus proche du rivage, par les hameaux de Strinda (strind=plage), Valøya (val=?vallée ; øya=île), Vikran (je sais pas) et une surprenante cascade sur la rivière Bøla. Cette escapade entrera certainement au panthéon des fameux paysages de mon voyage. J'avoue aussi envier celles et ceux qui on la chance d'y résider les fins de semaines par beau temps, avec la petite embarcation qui va bien. Rappel : 6 mois par an il n'existe que quelques heures de jour, sous neige épaisse permanente, sans déneigement ici et lac gelé ; cerise sur l'omelette pour les promeneurs téméraires : ours, gloutons, loups et lynx. Bon, j'y ai vu un panneau de maison à vendre.


Reinsvatnet

typique des campagnes et petites villes, le magasin d'alimentation, poste, tabac, essence, quelques fois bricolage (les très grandes surfaces sont interdites en Norvège).
l'enseigne : COOP, REMA, SPAR, KIWI, ...
les horaires, souvent écrits plus gros que l'enseigne (cas ici aussi sur l'autre façade) toujours du lundi au vendredi, samedi entre parenthèses, fermé le dimanche.
très souvent : table, poubelle, accès handicapé, salle de pause, café, bouton pour ouvrir la porte (hyper lourde 3 verres pour l'hiver) ; ou comment reconnaître un touriste (c'est celui qui pousse et tire la poignée)



le terrain au bord de l'eau
la cabane pour le bateau avec sa rampe immédiate du portail à la rive
la cabane hexagonale, 1 côté pour l'entrée, 1 pour la cuisine, 4 en bancs autour d'un feu central, des couchettes en haut
...certains savent vivre...



Snåsavatnet



j'aime bien cette île

Vendredi 12 mai. Ça commence directement par la plus grosse côte de la journée. Aussi, sans trop y croire, plus par jeu je tends le pousse dans l'espoir débile qu'on m'y dépose en haut : le premier véhicule s'est arrêté, à cause des mes drapeaux, dit-il ; je fais un bon de 154 km en camping-car !!! Nous discutons beaucoup, j'apprends aussi. Je repars de 60 km au sud de Mojøen où j'espère pouvoir faire remplacer mes plaquettes de frein, avant les fermetures, souvent plus tôt le samedi, toujours le dimanche, quelques fois le lundi, à coup sûr mardi pour cause de fête nationale ! J'atteins "la capitale du sud, du nord de la Norvège" à la tombée de la nuit vers 20 heures mais le soleil est passé derrière les hautes montagnes immédiates de tous côtés. Pour autant ce n'est pas la fin de la luminosité puisqu'à 23H30 ma lampe frontale n'est toujours pas nécessaire.

un amour de chien, race Sami
la rencontre du 1er type
(pas pu dégainer assez vite)

le sud du nord et le nord du sud

la rencontre du 2ème type
(oui je sais, c'est flou)

mon conducteur

la rencontre du 3ème type
Samedi 13 mai. Le site internet du magasin chez qui j'ai fait livrer les plaquettes n'ouvre qu'à 10 heures et ferme à 16 le samedi. Prévoyant (je ne démonte pas la tente), guilleret sous un beau soleil (trop chaud sous la tente) mais inquiet, je me présente à l'ouverture du magasin : pas de colis. Je parviens à joindre par téléphone le site de vente par internet (PureBike) conseillé par la marque (Hoppe) en France. Le colis est bien parti, à la bonne date, il est sorti de France le 11 alors que ma commande date du 7 : j'avais cliqué sur Colissimo au-lieu de Chronopost. En parlant à mon interlocuteur je m'aperçois que le site réside dans la ville de mon enfance, St-Maixent-l'école, que mon interlocuteur est le fils de mon meilleur camarade de classe en 4ème et sa mère la sœur d'une amie de mon frère à l'adolescence. Après discussion avec le chef d'atelier nous convenons d'attendre lundi (ils sont ouverts le lundi), voire mardi (la fête nationale est mercredi, pas mardi : ça serait bien que j'apprenne les jours de la semaine en anglais).
Me voilà parti pour 2 jours de repos, c'est bien, même nécessaire à plus d'un titre, peut-être 3 (ni avance, ni retard sur mon planning pour le 21 juin au Cap nord), voire 4 ce qui serait plus problématique.

22h35 au camping, luminosité exacte. C'est quoi ce caillou derrière ma tente ?
Dimanche 14 mai. Impossible de dormir plus longtemps même nu, tous les évents ouverts, il fait encore 27° à l'intérieur de la tente. Prévus aujourd'hui :
> petit déj au soleil où je supporte une laine
> mise à jour du site dans la salle de pause au wifi gratuit et lent
> lessive (utilisation incluse dans le prix ! Une première)
> douche
> entretien vélo
> surveiller les arrivées de camping-cars (je suis toujours le seul campeur) pour éventuellement essayer de parler français : pas vu de F depuis la Wallonie.

sèchage
Bulletin météo dimanche 14 mai 19h. Retour de la pluie, du froid et de la neige pendant au minimum 1 semaine, à l'est d'une ligne Mojøen Bodø, un peu moins à l'ouest .
PLUIE (modélisations : GFS et MBLUE et ICON-EU lundi 14h, ECMWF mardi 8h)
NEIGE (GFS et MBLUE et ICON-EU sans, ECMWF mercredi 14h)
VENT (GFS mardi et jeudi portant, mercredi et vendredi contre, MBLUE et ICON-EU mardi au jeudi contre, vendredi portant, ECMWF tous les jours portant)
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7ème semaine
(1) avec giboulées de neige (souvent version fondue, une fois version gelée : gling gling sur le casque)
(2) dont 15 km de descente supérieure à 3% et jusqu'à 8%
Lundi 1er mai. Pas facile de partir, la tentation de rester dans la hutte de luxe à 41€ la nuit est grande, d'autant qu'il neige dru. Deux heures plus tard je constate que pédaler sous ce régime s'avère, presque sans vent, avec des montées certaines mais régulières et assez douces, moins désagréable que prévu : le repos sans doute, les 1 litre et demi d'eau absorbée en 12 heures.
Je prends conscience de l'absence de signes printaniers, aucune fleur par exemple, de la disparition presque totale des ronces, des arbres à feuilles caduques, à l'exception seule des bouleaux, à l'inverse de l'omniprésence de sapins. Une nouvelle mousse apparait, très claire. Serait-ce de la sphaigne ? Le froid est mordant bien que je ne déteste pas cette sensation. C'est par contre particulièrement malaisé à gérer entre la sueur chaude qui s'accumule en haut du dos et les vents réels et générés qui glacent le visage et la main.
Mon angoisse croissante concerne les ours durant les nuits à venir. La perspective de nettoyer toutes mes poches anti-odeurs, d'y insérer toutes les nourritures, de rassembler le tout dans la même sacoche attacher à un filin à accrocher à l'aide d'un lest (j'ai tout le matériel nécessaire) en haut d'une branche très éloignée du campement ne me fait pas rêver. En outre si l'ours n'est pas certifié de ce côté du fleuve Glomma, la présence certaine de gloutons (2) suffit à prendre les mêmes précautions. L'idéal serait une hutte mais je ne trouve rien sur aucun GPS ou sites, du moins tout est fermé, et à mesure que la vallée se resserre, le jour décline, les fermes se raréfient et la forêt se densifie... Mon seul espoir réside dans un mail, doublé d'un SMS au numéro d'un "Camping og hutter", hors dates d'ouverture, qui refuse de décrocher.
Personne à mon arrivée, ni à la réception ni dans les quatre caravanes recouvertes de neige. Pourtant la hutte n°2 est ouverte, lampe extérieure allumée. Je m'installe pensant que ma demande a fonctionné. Je reçois un message demandant à être rappelé ce soir ou demain matin : mon appel immédiat ne fonctionne pas.
(2) Gulo-gulo (nom véritable), Carcajou en Québécois, Wolverine en anglais

1er mai, les drapeaux sont de sorties
re pour la fête nationale ce mois prolongée par une fête religieuse

église luthérienne hors sol, trophées d'élan, luge
vélo french green frog
Mardi 2 mai. Pour finir, au matin , le propriétaire du camping décroche, croyant que je souhaitais réserver, il comprend que je viens de passer une nuit dans sa hutte, n'en est pas offusqué, regrette de ne pas avoir fourni toute la prestation annoncée sur son site (en Norvégien sans traduction) et me demande de payer 150 couronnes (13€, ce qui est dérisoire ici, tout est cher) "la moitié du plein tarif mais je ne se souvient plus du tarif pour une seule personne en basse saison" en laissant l'argent sous le paillasson.
La journée se déroule sans accroc ni réel plaisir. La route est bien construite dans une grimpe presque sans cesse mais linéaire sans fort dénivelés pour permettre aux camions très majoritaires d'alimenter, y compris en hiver avec équipements de roues, la côte atlantique nord-ouest. Il n'existe pas meilleurs conducteurs que ces camionneurs, particulièrement précautionneux, patients et prudents. C'est heureux parce que la piste cyclable ou la contre-voie entre la rivière et la route manquent souvent. Les paysages se limitent à la forêt mono-essence, omniprésente. Le soir dans une hutte d'un camping rouvert pour ce seul soir pour deux caravanes allemande et autrichienne, à 475 KN + 2% de paiement par carte + 10KN la douche de 4 minutes, j'écris à une amie : "Honnêtement c'est très froid, très hivernal, assez sale (neige grise, boue, poussière), aucune fleur, forêt sapins et bouleaux sans rien d'autre, très nombreuses exploitations de bois ; de plus si le soleil revient un peu, c'est avec du -7° la nuit, ce que je peux envisager s'il n'y avait pas le réel danger des ours. Du coup je vais par la seule route avec beaucoup de camions de hutte en hutte".
Cependant, les giboulées de neige ont cessé, j'ai mangé ce qui réconforte. Je pars me promener le long de la rivière avec mon appareil photo jusque tard puisque la luminosité a désormais du mal à fuir avant 23 heures.



parfois, aucune autre solution
quelle est l'autonomie de la vessie d'un routier à 80kmh ?



paysages divers, d'hiver



étude de cas : tous fabriqués à Oslo, Camembert, fromage français et Brie

grange typique

au fond le tremplin de ski de la ville

local poubelle en bord de route, partout en campagne et presque systématiquement


Mercredi 3 mai. Il a neigé cette nuit, pas grand chose, 1 centimètre qui tient dans la nature, pas sur la route. Journée de grimpe toujours, similaire à la précédente à la différence que j'ai dépassé le niveau de la forêt surexploitée aux déchets sylvestres chaotiques pour la partie haute dotée de sapins plus majestueux et clairsemés. Surtout je commence à apercevoir les cimes enneigées. Le soir je déniche une ferme avec quatre huttes. On m'explique que c'est fermé mais que bien volontiers on en ouvre une à moitié prix (400>200 KN) parce que le ménage n'est pas fait.
élan
unique type de fleur observé


ma hutte

repas du soir par froid relatif
je n'ai que 5 couches (manque la veste)
Jeudi 4 mai. Il a encore neigé cette nuit, peu. Le soleil est bien présent par un froid vif qui m'oblige à gérer sans cesse les orteils ou l'engourdissement des doigts par pression constante de la paume sur le guidon. Sans me perdre je prends l'option du petit chemin guilleret sur la rive opposée à la grand route le long de la rivière. C'est vraiment joli... et vraiment enneigé à l'ombre puis boueux au sud où je dois pousser mon vélo pendant plusieurs kilomètres. Cependant il fait beau, les paysages sont désormais grandioses et magnifiques, je n'ai pas froid avec mes laines mérinos (2 paires de chaussettes, 1 sous-pantalon, 4 hauts) et mes Gortex (pantalon et veste). La température est proche de 20° au soleil, 2 à l'ombre, ce qui implique une négative ressentie en rares descentes par vent généré.
Aujourd'hui pas d'angoisse du lieu de couchage, je dors en WarmShower (WS) chez Justinas. Ce garçon d'origine Lituanienne, cadre dans une maison de retraite proche, m'accueille avec d'autant plus de sympathie que je suis son premier hôte. Je compte 6 vélos différents dans son salon. Toute sa vie tourne, avec excès de priorité me semble-t-il, autour du vélo qu'il pratique toutes les fins de semaines, et par des courses ultimes (ultra rapidité en ultra distance et/ou dénivelé) partout dans le monde. Pour exemple, la transpyrénéenne (dans le sens de la longueur et par les cols) en 44 heures (il faut 2 mois à pied) et 24000 mètres de dénivelés cumulés positif (DC+24KM) !!! Malheureusement mon anglais approximatif au pauvre vocabulaire, ce n'est pas nouveau, limite nos échanges. Nous dînons d'une délicieuse soupe à base de pommes de terre, oignons rouges, et choux fermentés. Je dors dans le salon au chaud, au sol sur mon matelas.



bâtiment isolé dans un col, non cadenassé, à l'architecture particulière
Vendredi 5 mai. Je me lève quand Justinas se présente au salon mais il part à vélo sous -5° (-10 à -15 cette nuit) pour embaucher à 8 heures. Je profite de son wi-fi en attendant une température plus clémente. Aujourd'hui ce sera mon dernier jour de grimpe pour franchir cette épine dorsale norvégienne, également le dernier jour de la première moitié de mon objectif pour monter au Cap nord au solstice : lundi j'en aurai moins devant que derrière.
Il fait un temps magnifique, je frise ça et là le dépassement par le haut des immenses zones forestières pour atteindre les alpages où les bêtes ne sont toujours pas aux champs, tout au plus dans l'enclos immédiat de l'étable ou de la bergerie. Tout est superbe, vivifiant et grandiose, très comparable aux Alpes ou Pyrénées en hiver sous la neige, si ce n'est la couleur des fermes ; souvent claire l'habitation, rouges foncés les autres bâtiments.
Je parviens à Roros, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, qui ne m'impressionne pas ni ne me ravi. Il est vrai cependant que la fonte des neiges s'accompagne logiquement de poussières grises et toujours ici en attente des travaux de jardinage, nettoyage et embellissements printaniers vus précédemment. Restes les mines de cuivre et l'intérieur de l'église qui semble-t-il valent la visite ; sans moi par peur qu'on me vole mon vélo.
En avance, je décide face à la pléthore de magasins touristiques de tenter successivement ma chance chez les trois magasins de sport, dont vélo, pour changer mes plaquettes de frein (disc brake pad), mal m'en a pris chez le dernier qui s'est donné pour mission de sauver l'entente norvégeo-française en me rendant service. Malheureusement ces excellentes personnes ne réussiront pas à monter une équivalence BBB ou Shimano en lieu et place de mes Hope. Je perds trois heures alors qu'il me reste 51 km, dont 25 pour finir la grimpe depuis Oslo le 27 avril. La sortie de la ville est exténuante en franches côtes, suivent en plateaux des paysages époustouflants de landes uniformément recouvertes de neige épaisse, arborées majoritairement de bouleaux sauvages. Pas question de trainer cependant par peur des ours et des gloutons, aussi j'aurais aimé un cadre moins froid (-10° annoncés, -16 ressentis) pour mon premier plantage sur 50 cm car je suis inexpérimenté dans ces conditions. Suivent enfin les prémices vers la mer du nord par une descente faramineuse d'une demi-heure où j'explose sans le vouloir mon record de vitesse à 54,1 kmh enregistrés automatiquement sur mon compteur. Le problème, car il y a toujours un problème, est que la vallée s'est considérablement resserrée en forme de gorge, un long tunnel aussi, que donc il n'existe guère de plateforme pour monter ma tente. A la faveur d'un écartement salvateur du canyon, près d'un village (depuis le Danemark, il n'y a pas de village dans notre sens latin habituel avec une place centrale autour d'une église ; plutôt une légère densification d'habitations non collées et moins de fermes), par une température beaucoup plus clémente, je plante sans stress dans un camping que je crois fermé, en réalité abandonné, totalement seul (j'adore).

Justinas

promenade du jardin d'enfants
pour regonfler les pneus des charrettes

typique de la région



quelques paysages



Samedi 6 mai. Je me réveille aux sons proches de tirs de mitraillettes ! Les attentas d'Oslo me reviennent immédiatement en mémoire, mais jugeant le voisinage qui s'affaire sans broncher (en campagne norvégienne l'activité principale semble de couper du bois), je suppute la proximité d'un terrain militaire. La fin de semaine se fait sentir, il me faudra trois heures pour tout mettre en œuvre, de bout en bout sous la sonore mitraille. Pourtant le moral est bon (nettement moins les jambes) : franc soleil provençal et descente continue en perspective. A ma grande surprise la totalité de la journée se parcourt aux creux des gorges, certes en DC- supérieur au DC+ mais il faut quand même suer en T-shirt pour gravir les nombreuses courtes montées et se glacer en descente. L'étonnant pour moi est l'apparition de plusieurs nouvelles espèces de fleurs, bourgeons et herbes, non ?, vertes, une première ! Sous ces latitudes (la même que le sud des îles Féroé entre Ecosse et Islande) on assiste dans la même journée et en moins de 500 mètres de dénivelé aux mêmes changements dans nos montagnes sur 1500 mètres et un mois.
Par chance, à un burger de station-service où j'avale une gourmande grande salade végétarienne (et f...) peu onéreuse, le patron turc né en Suède, qui dit "moi j'adorer France, je ne parler beaucoup Français, I love Pariss" me présente une chauffeur de taxi. Concernant ma recherche d'un camping ouvert pour mon jour de repos, elle appelle une amie qui tient un camping, à l'évidence fermé, qui ouvrira pour moi un sanitaire. Elle dit en anglais "installez vous où vous voulez et on se voit lundi matin". Le camping s'avère immense, doté de très nombreuses huttes de grandeurs diverses, avec une zone d'environ dix caravanes dépeuplées : il est totalement vide. Je dispose du large sanitaire handicapé, avec douche (à pièce de 10 NOK), de la salle de vaisselle, de la grande hutte équipée, les trois avec électricité libre. La fin de semaine s'annonce sous les meilleurs auspices, certes sans wi-fi... et sans connaître le prix de cette merveille.


au-dessus du niveau forestier (ces 2 images s'opposent, prises du même endroit )

déjections (2 à 3 cm) énormément, partout, tas distants 1 à 3 m, cervidés ? gloutons ?






disparition de la très belle mousse claire et sèche
mais réapparition de nombreuses fleurs
Maman, le mur, il pleure !
(mots d'enfant)


Dimanche 7 mai. 9 heures de sommeil avec bouchons d'oreilles (rappeurs, mouettes) et occultant oculaire (clarté dès 5 heures) m'ont fait un bien fou. Je passe 7 heures dans un self au wifi gratuit, principalement pour alimenter ce site, où je découvre que le café en thermos n'est payable qu'une seule fois. Retour au camping où la propriétaire me fait payer 200 NOK les 2 nuits : 8€50 la nuit, on frise le camping municipal français. Ce doit être un des effets suivants : paiement en espèce ; handicapé ; ils sont fous ces français ; faire taire ma parole incessante.
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Dimanche 30 avril 2023 ; 6ème semaine
(1) pour simplifier les données de pédalage du mardi 25 avril d'environ 2h30 à 3h30 du matin sont concaténées avec celles du 24 (jour 36)
(2) avec giboulées de neige fondue
Lundi 24 avril, j'ai mal réagi ce matin, l'application météo Windy annonçait sur le radar, pluie dans trente minutes ("pluie dans l'heure" de MétéoFrance ne fonctionne pas en dehors de l'hexagone). Au lieu de tout déménager dans la grande tente festive, j'ai rangé et compacté comme à l'habitude ; pour finir avec l'extérieur du double-toit mouillé, risquant d'humidifier les autres tissus au pliage.
Il est 10 heures, j'écris tranquillement, en profitant une dernière fois du wi-fi, à l'abri en attendant le séchage et l'arrêt de la pluie prévu dans15 minutes au plus. Car j'ai peu à parcourir aujourd'hui, environ 32 km dont deux dans une direction improbable pour ne pas pédaler sur une même route que samedi et un petit détour pour vérifier les prix auprès des deux seules compagnies.
En basse saison, les parkings immenses sont vides. Je peine sous la pluie à trouver, littéralement dans la mer pour GoogleMap, le bureau de FjordLine, où on m'apprend qu'ils n'ont pas de ligne pour Larvik. Il faut consulter ColorLine, de l'autre côté du port gigantesque, formé d'une multitude d'entrepôts, de bateaux industriels et de passerelles type aéroport, où tout est moche sous un ciel bas. Rien n'est fait pour s'y rendre à vélo, surtout si vous n'avez pas imprimé au préalable votre réservation sur internet. Perso je n'ai rien, je veux juste le billet le moins cher pour une personne et sa bicyclette. Après moult voies à 4 files, vides, moult guichets genre autoroute, vides, parkings vides et barrières anti immigrations au kilomètre, je finis devant l'énorme building de ColorLine, vide. Après avoir parcouru sur un paquet de kilomètres les quatre adresses de ce foutu bip pouet censuré moteur de recherches perdues de mes fesses, je reviens au point de départ, affamé par ailleurs, où un jeune Danois de passage me dit que le bureau ouvre 4 heures avant le départ du ferry, soit 18 heures ce soir ou 8 heures demain.
Je décide donc de patienter chez "Hyttefade", la hutte des farfadets sans doute, dans l'espoir de manger local, surtout que quand j'engoisse, moi, je mange. C'est ouvert, mais vide, les trois jeunes femmes asiatiques qui y fument comme des pompiers me servent, sans avoir pu leur décrocher le moindre sourire, une sorte de poisson pané avec des frites françaises, en anglais dans le texte. Au moins l'établissement offre le wi-fi. Pardon, la wailfail.
Il pleut fortement désormais, je suis seul dehors (nombre de personnes commencent à arriver, qui n'obtiennent aucun sourire) abrité sous un auvent (la fumée de cigarette est irrespirable à l'intérieur). Consultons la météo pour connaître la meilleure fenêtre temporelle de traversée : pour les deux horaires, fort vent (donc houle) et neige !
L'important, c'est de ne pas se remettre à fumer.
19h, j'ai mon billet, j'étais le premier et le seul au guichet. C'est plus cher que je ne le pensais : 582 couronnes danoises (73€). Pour l'instant la population en attente est d'environ 90 camions, 7 voitures, 1 camping-car, aucune moto et 1 vélo, vert. Le parking moto et vélo est formé par une file de 55 mètres, à 2 mètres par engin, je suis seul sur 200 places. 20h30, le Kristiansand est parti, 21h05, le mien arrive dans la rade.
Au départ, je suis toujours le seul deux roues.
Le bateau est magnifique, énorme, plus de 200 mètres de longueur. La traversée n'a pas grand intérêt entre les terrasses très venteuses et glaciales et les salons surchauffés. J'essaie de dormir allongé sur une banquette.


dernier repas danois : la cuisson des pâtes
site moyennageux de Asdal voldsted


seul sur mon parking

Hirtshals s'éloigne

Mardi 25 avril, 2h00 du mat'. Le premier à sortir, c'est moi : le pont inférieur d'abord, ici les vélos, je suis toujours seul, les motos, aucune, les camping-cars, les camions avec matières dangereuses. Le premier devant une heure de défilé polluant, dans la nuit, par vent important en bourrasques de pluies obliques, sous des éclairages violents dans un gymkhana de grues et multitudes de voies parallèles conçues pour les camions, guidé de loin en loin par des vikings jaune-fluos ; je suis également le premier à croiser la douane volante. C'est le moment de la leçon du p'tit (voir sketch de Raymond Devos avec Lino Ventura) en treillis noir suréquipé antigang. On me fait gentiment rentrer dans un bâtiment conçu toujours pour camion à rallonge. Il s'agissait aujourd'hui pour mon interlocuteur de maitriser les affres de sa nouvelle tablette : la vérification du passeport fonctionne sans problème, le où allez-vous Nordkaap également, par contre la case bicyclette lui a demandée un temps certain, dont je présume quelques mots doux norvégien à son machin.
La sortie du port s'effectue en suivant les panneaux de l'EV12 où rapidement je suis seul, puis progressivement sans éclairage publiq. Mon phare avant s'avère étonnamment insuffisant sous la pluie. La lampe frontale me sera de grand secours pour constater qu'il neige ! Je suis un panneau qui indique un camping qui se découvre totalement saturé de caravanes avec auvent, sans voiture, sans bruit, sans lumière. Je plante rapidement en m'éloignant un peu d'une mare, près des jeux pour enfants et m'endors, fourbu.
Au matin, le propriétaire en chemisette à manches courtes, j'ai 5 couches, m'indique en balbutiant quelques mots de français, dont le traditionnel j'aime beaucoup la France, que le camping est fermé, qu'il espère que je n'ai pas eu froid, qu'il peut me donner le code des sanitaires et de la cuisine pour 10€ parce qu'en saison c'est 20. Ces campings sont des lieux de villégiature à l'année où les propriétaires des caravanes suréquipées se rendent dès les beaux jours en fin de semaine, souvent en bord de lac ou de mer (la mare aperçue cette nuit).
Les paysages ont radicalement changé, ici le règne du granite, souvent colossal qui impose la position des habitations : aucune n'est alignée. Lieu de villégiature, j'observe une maison d'architecte qui me rappelle immédiatement celle des crimes dans le premier tome de Millenium. Je ne tarde pas, puis en haut de côte étudie pour reprendre mon souffle la première adresse d'une boite-aux-lettres : même si ce n'est pas la Suède, Mikael Blomkvist n'est pas loin !



première nuit en Norvège
incroyable mais vrai

tout ce que je déteste : énorme 4x4 et Tesla

champ d'oies sauvages

bâtiment typique et fréquent des campagnes
Mercredi 26 avril. Après quelques kilomètres, la journée commence par le bac forcément gratuit pour les vélos et les piétons : le principe du pollueur payeur est particulièrement ancré dans la mentalité scandinave.



chat skateur du matin
Horten à Moss
cascade en plein centre de Moss


renard arctique
spot du soir à Oslo
Jeudi 27 avril


port historique d'Oslo
au bord d'un lac partiellement dégelé
Vendredi 28 avril. J'ai vu un grand nombre de personnes toute la matinée qui promenaient leurs chiens, se baladaient, couraient. Je pars sous un soleil de plomb et un vent frisquet bienvenue au soleil, autrement perçu à l'ombre ou en descente. Je m'arrête à une station-service pour un café où le gestionnaire me demande d'où je viens. Il me répond qu'il adore les Français. Les Français ? Parce que nous avons Louis de Funès ! Quand je lui dis que j'habite à 2 km de sa tombe, j'ai cru que ce sympathique gros lourdaud croate court sur pattes, élevé à la bière, au gras et au sucre avec sa BMW noire série 3 pourrie garée ostensiblement devant l'entrée comme signe de réussite, allait se mettre à pleurer.

seulement durant 300 mètres

l'affaire se complique (chef-lieu Ajaccio)

pistes de ski dominant le lac Mjosa
Samedi 29 avril. Plusieurs sources me confirment que la route directe que j'ai choisie au départ de Tangen pour Trondheim, via Elverum, Sjoenden, Akrestrommen, Tolga, est comparable par sa beauté aux paysages des Highlands écossais. Elle est heureusement peu fréquentée mais à cause de la présences d'ours. Ma témérité ayant des limites, j'y crée un parcours jalonné de campings pour minimiser par angoisse le manque de sommeil dans ma tente au fond des bois. Pour les mêmes raisons, on en trouve peu de ces campings, mais surtout il s'agit d'espaces à priori réservés aux camping-cars, ou dotés d'onéreuses "hytte" (hutte, au sens cabane en bois) qui permettent de se prémunir des visites nocturnes des plantigrades. Pour finir, ils apparaissent actuellement comme fermés, car la saison touristique ne commence qu'après la fonte des neiges et l'arrivée des températures clémentes, ce qui là encore n'est pas le cas.
Je n'ai dormi que 4 heures cette nuit pour parfaire ma recherche de comparaisons de solutions (itinéraire 1, 2, Suède, train) à base de lieux de couchage, distances et dénivelés, me suis extrait de mon sac de couchage avec une difficulté sans nom, ai tout ensaché, compacté, bâté comme à l'habitude mais sans plaisir aucun, sous température 7° et vent puissant la diminuant, en attente de la "pluie mêlée de neige" annoncée. Je n'ai pas pu monter entièrement les 3% environ de la première côte, ni la seconde : les muscles des jambes font un refus d'obstacles. Je reçois un mail d'une WS Norvégienne proche, interrogée la veille, qui me déconseille fortement pour cause de neige et de froid... les deux itinéraires, pas un mot concernant ours et camping.
Bien que le soleil revienne timidement, bien qu'il ne pleuve ni ne neige, je finis tel un automate par me diriger vers le nouvel itinéraire (via Hamar, Lillehammer, Dombas, Oppdal), je sais que ça ne va pas bien, je vois la côte en face qui préfigure les 600 mètres de DC+ du jour, surtout l'inconnu pour ce soir sans lieu préétabli pour ma journée de repos demain, celle à laquelle je tiens, celle qui m'est nécessaire pour récupérer des douleurs musculaires, celle dont je n'ai jamais eu autant besoin, aussi bien la tête que le corps docteur. A ce moment précis à ma droite, une petite pancarte de bois marquée "Fredheim" et le dessin d'un lit. Fred le lit et Heim le breakfast me dis-je. Grosse animation dans cette "Maison de la paix" (fred =paix ; heim=maison) où on me renseigne au beau milieu d'expositions artisanales, vide grenier, ressoucerie et stand de gaufres et café. C'est plus qu'une cabane, c'est une petite maison à chambre unique, chauffage, cuisine, lit ; toilettes (toalett) et douches (dusj) séparées très propres de l'autre côté de la cour. Le prix ? C'est juste pour le connaître :1000 couronnes. On m'avait dit que le "hytte" se proposait à 90€ la nuit, pile dedans. J'allais décliner quand on me précise que je pose problème parce que je me présente hors saison. C'est bon, je vais finir par comprendre : le seul tortue-sacoche à rouler sud-nord, le seul campeur en camping, le seul cycliste sur le ferry. On me propose donc un tarif hors saison, moitié prix ; café, gaufre à la compote de framboise et crème aigre, soupe (cury d'agneau) offerts. Je suis au chaud, je rote un excès de deuxième "suppe", il pleut ici, il neige franchement sur les collines immédiatement supérieures ; encore plus en montagnes sans doute mais aucune certitude, tout a disparu sous un voile blanc et bas.
Dimanche 30 avril. En plus d'une sieste 4 heures hier, j'ai dormi 10 heures, sans doute pour amoindrir la grosse fatigue et le manque de tonicité musculaire aux jambes. Outre rédiger et transférer des photos, j'ai fait une lessive, me suis promené et ai aussi installé les fanions sur l'arceau arrière du vélo. Grâce à la WS norvégienne que je ne connais pas (elle habite Hamar à 30 km d'ici) j'ai enfin choisi mon itinéraire au départ de Tangen : Stange, Elverum, Rena, Koppang, Alvdal, Tynset, puis point culminant avant descente d'une journée pour Trondheim. Le problème, car il y a toujours un problème, c'est que la météo pour demain c'est neige et pluie mêlées, par 1 à 3° (nuit négative), vent de face mais faible (10kmh)... et à partir de mardi retour du temps sec, sans vent exagéré (et nuits très négatives). Le beau temps sec avec vent dans le

dos, le tout avec des ours batifolant ailleurs, n'est pas envisageable. Avant une douche, cette journée se termine avec des spécialistes (Fanny et Nicole) des douleurs musculaires du sportif. Ce ne serait pas le manque de café ou d'étirements qui provoquent la lassitude énergétique de mon moteur deux temps (jambe droite, jambe gauche) mais un manque d'absorption d'eau et une alimentation qui laisse à désirer.
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Mardi 11 avril, 2h30 du matin. Il pleut des cordes, voire un troupeau entier de bovidés énurétiques, éclairs, bourrasques sonores dans les arbres hauts qui bordent sur la digue ma forêt débutante. Je mets le nez dehors: non, rien de catastrophique. Je peux donc me rendormir avec les éléments essentiels qui géreront la situation : bandeau sur les yeux et des bouchons dans les oreilles. Au matin il pleut encore mais sans orage. Une fois bien tout ranger à l'intérieur, je dois me résoudre entre deux giboulées à démonter, rouler et comprimer des toiles mouillées, à déménager tous les sacs au pied de la digue, les hisser, idem le vélo puis le bâter. Il a fallu 2h30 pour ce bazar. Je pars sous la pluie en me félicitant toutefois d'avoir choisi le côté polder, non pas plaine immersible.
Ensuite démarrage en fanfare avec quatre kilomètres à rebrousse-poil parce qu'effectivement hier soir je m'étais trompé d'orientation. Absolument hors de question pour moi d'effectuer le même cheminement ; je choisis la rive opposé moins carrossable du canal. Après une paire d'heures, je stoppe dans une grande station service au milieu de nulle part : des anciennes tourbières ravagées, vide de tout jusqu'à l'horizon. L'employée ne m'a pas salué, m'a dit en allemand qu'elle ne parlait qu'allemand et que non elle ne parlait ni anglais ni français. Auto-investi désormais de la mission de rapprochement salutaire des peuples, je me donne pour objectif prioritaire de la faire sourire, voire de l'amuser. Après une étude fouillée du distributeur de café, en allemand dans le texte, je me force à avaler un café qui s'avère un chocolat au lait avec un peu de café, jusqu'à je m'aperçois que la majorité des conducteurs après avoir payé leurs carburants grignotent des énormes saucisses monocolores, réellement quatre fois plus grosses que les nôtres. Je joue panurge dans un pain blanc tout petit et une sauce jaunâtre, disons moutarde, mayonnaise, sucre et sel. Le café par contre est excellent, il sort d'une énorme thermos avec un bouton mécanique poussoir, comme celui de Marianne Sagebrecht (dans Bagdad café de Percy Aldon). Grâce à l'ensemble des paroles nécessaires pour ces services, en jouant un peu le clown, en affirmant ne savoir de l'allemand que ya, nein et ich libe dich, j'obtiens le sourire de la serveuse qui, in fine, après mon "a o videur zen" particulièrement lent, se donne la mission presqu'hilare de m'apprendre à bien prononcer son aurevoir. A ton service ma grande, moi j'ai réussi ma mission, à la manière moins intrusive et excessive que Sarah Forestier dans "Le nom des gens" de Michel Leclerc.
La fin de journée sera marquée par la traversée d'une région magnifique, entre Rastede et Brake : bois, nombreux animaux (cigognes, biches), champs de tourbe exploitée en briquettes, paysages arborés bucoliques. A la recherche du lieu idéal pour camper, je découvre en campagne profonde une sorte de camping, totalement vide mais pas à l'abandon. Aidé du traducteur, il s'agit d'un espace associatif de grillade et rassemblement festif. Je demande à la ferme attenante où une femme ne parlant qu'allemand m'autorise à camper avec forces gestes exclusivement, tous les deux. Ca n'a pas suffi, rebelote une demi heure plus tard avec son mari, où le traducteur vocal nous a sauvé, "alimentation de charge électrique" dit-il : j'ai pu rechargé les batteries.

J23 - Cigogne


J23 - champ de tourbe


J23 - entrée du super spot de couchage

J23 - seul, abris, table et chaise, eau potable froide, toilettes et papier, lavabo et essuie-main, électricité, cadre magnifique et... gratuit
Pour la première fois j'ai eu un peu froid cette nuit, alors qu'il n'a pas gelé. Le vent avait tourné à l'est et forci. Tellement froid que ce matin mercredi12 avril, j'ai dû enfiler mon gant chaud, doublant mon gant de d'humidité par dessus.
Journée presqu'entièrement pluvieuse, marquée par la traversée en bac de la Wesel et par un changement de chaîne à Bad-Zwischenaln dans un "petit" magasin vélo de 24 employés. Elle paraissait très détendue alors que le recul de roue était au maximum. De fait, avec 3700 km pour un usage de 4 à 5000, elle était déjà usée à cause de frottements trop important avec de la terre et du sable : sans aucun doute les chemins gavés de boues en Bretagne où je n'ai pas nettoyé et huilé aussi souvent que nécessaire. On me recommande un meilleur entretien et de la changer dans 4 à 5000 km avec le pignon (arrière, mono Rohloff) et les garnitures de frein qui sont à 40% (reste 40 ou usure 40, je n'ai pas compris).



J24 - à l'abri du vent et de la pluie, avant et après rangement
J24 - en attente du bac, à Brake nord

J24 - la cabine d'encas

J24 - sortie du bac, à Standstedt

J24 - digue, tondeuses, piste cyclable, polder


J24 - quelques rayons de soleil durant une journée particulièrement pluvieuse
Jeudi 13 avril, les pluies incessantes de la veille et de la nuit ont fini par laver le ciel. Encore un bac pour traverser l'Elbe qui est très large et truffé de navires de hautes mers. En fin d'après-midi un jeune femme s'adresse à moi en allemand pour savoir si j'étais perdu. Nous finissons en anglais puis elle appelle un petit camping de sa connaissance, à 10 km. Il s'agit d'un micro camping, sans aucun mobile-home, merveilleux, perdu dans la campagne en bordure immédiate d'une digue qui protège le polder des débordements du Stör affluent immédiat de l'Elbe près du débarcadère de Glückstadt.
Est-ce parce que je marque le premier touriste de l'année, mais je suis particulièrement bien accueilli par Klaus 60 ans et Steffie 44 qui m'invitent à dîner. De fait, la seule maison à la ronde est accolée à la leur et ne dépend pas de la même commune ! Il me parle des voisins qui s'apprécient, m'informe que la voisine est française. Je demande de quelle région. Klaus appelle la voisine : elle est nantaise !!! Nous finissons à 5, en trois langues, après une bouteille de bon vin blanc français (fruité, avec des entrées végétales et des pâtes au fromage !!) et deux fillettes d'alcool de jaunes d'œufs !!! Ce fut une soirée adorable et merveilleuse.

de gauche à droite : Uwe, Catherine, Steffie, Jeff, Klaus

J25 - le seul véhicule sans moteur


J25 - avec
J25 - sous ciel un rien chargé

J25- sous un appentis percé
d'un camping désaffecté

J25 - en attente du bac à Wischhafen

J25 - regroupement d'oies sauvages
Vendredi 14 avril, après un petit déjeuner hyper copieux, j'ai opté pour une balade photographique pour cette première vraie matinée chaude et ensoleillée. Difficile de quitter Klaus et Steffie, larme à l'œil, je réfléchirai à revenir, peut-être dans l'unique caravane ou la cabane en location.
Peu de chose à dire sur cette journée qui se termine après 50km seulement ; les excès de la veille n'y étant sans doute pas étrangers.


J26 - lever de soleil, allongé dans ma tente



J26 - grand soleil matinal sur l'étang


J26 -



J26 - La salle de pause et rechargements



J26 - le coin vaisselle

photographe potographié






J26 - dans 1 mois, vote en Allemagne

J26 - seul sur le bac sur le canal des deux mers (du Nord et altique)

J26 - d'énormes bateaux arrivant probablement de Hambourg ou Gdansk évitent la mer du Danemark et coupent de Kiel à l'embouchure de l'Elbe avant la Mer du Nord et le Channel à l'assaut de l'Atlantique Nord
Samedi 15 avril n'avait qu'une priorité : trouver un chouette camping pour ma journée de repos et d'écriture. In fine il n'a rien d'attractif en terme d'environnement mais pour une somme raisonnable il dispose de tout le nécessaire, mais surtout d'une salle fermée, chauffée (trop) avec wi-fi (wlam, prononcez wiläm en Allemagne) et électricité sans ajout.


J27 - presque toutes les fermes sont recouvertes de panneaux solaires

J27 - avoir le vent de face, preuve à l'appui
J27 - l'EV12 se nomme "route des vikings du Jutland" dans sa partie allemande

J27 - encore une cabane de vente
en libre service


J27 - les transformateurs sont souvent peints en rapport avec l'environnement immédiat ;
ici l'activité agricole ou la caserne des pompiers
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dimanche 9 avril 2023
Troisième jour de repos, troisième semaine. Quelques chiffres :
--------------- et ça caille, grave ---------------
(1) de fait c'est tellement plat que l'ensemble des côtes sont les ponts au-dessus des canaux et routes !
Casse, chute, perte, réparation : 0
Trouvés : 1 mille-pattes multicolore en plastique, 1 pompon noir, 1 gant (!) gauche (!!) taille 10 (!!!) et en plus, c'est le même (sauf qu'il est pas pareil...)
Rencontres :
> Nicole
> Harriet et Erik
Lundi 3 avril, troisième semaine, il a gelé cette nuit, je n'ai pas eu froid du tout. Ce matin petit vent d'Est sur le givre brillant en plein soleil. Je prends mon temps pour que la tente sèche. Pour la première fois nous sommes deux au camping ; un néerlandais qui descend à Calais avant l'Espagne avec un vélo type D4 tout neuf. Il a eu froid cette nuit sans aucun vêtement en mérinos.
La matinée se déroule sur une superbe voie cyclable, en campagne et loin des voitures, particulièrement bien entretenue, avec même des lampadaires tous les 25 mètres approximativement. J'y croise, et me fait fréquemment doubler, par nombre de vélos les plus divers, dont des lièvres bariolés, mais aucune tortue-sacoche (voyageur au long-cours), par contre quelques jeunes avec sacs à dos. J'apprendrai plus tard que ce sont les vacances scolaires en Flandre, pas en Wallonie. Il fait vraiment beau mais frais ; le vent à contre cumulé au vent généré me refroidissent malgré trois couches de laine et ma veste Goretex. Pour info, si je portais tous mes vêtements du haut, j'aurai 8 couches de laine (le propre, le sale, le de nuit), la doudoune, la veste et le poncho. Est-ce que cela sera nécessaire les jours de neige en Norvège dans 1 mois ?
L'après-midi est surtout marquée par la traversée d'Anvers. D'abord je suis la marée de vélos qui s'engouffre dans une sorte d'entrée de métro où j'avais bien compris qu'il s'agissait d'utiliser un tunnel (longueur 500 mètres, profondeur 31 mètres) sous l'Escaut mais à ma grande surprise il faut emprunter des escalators (en bois de 1933) particulièrement pentus, deux mêmes, puis le tunnel, puis de nouveau deux autres pour remonter (des ascenseurs existent mais en panne). Ensuite j'ai découvert rapidement le centre d'Anvers qui est magnifique, ça donne envie d'y retourner en disposant de plus de temps.
La journée se termine chez mon hôte WS où je suis particulièrement bien accueilli. Nicole, prof de physique, un mois de moins que moi, est une grande voyageuse à vélo. nous avons passé une belle soirée à discuter et manger délicieusement. Je n'ai pas eu à planter la tente et ai dormi sur un futon recouvert de mon matelas dans une chambre libre.
Mardi 4 avril, après un copieux petit déjeuner en compagnie de Nicole, c'est l'entrée aux Pays-Bas via une piste cyclable dans un environnement magnifique de Meer en Belgique au sud de Breda aux Pays-Bas.
Dans la journée je constate que mon pantalon ne me tient plus, j'avale donc un camembert entier pour me remplumer.
Hors date, bilan Belgique
J'ai beaucoup apprécié les ponts à bascule, les bords de canaux, ceux avec pistes cyclables lisses et propres, plus fréquentes dès qu'on s'éloigne de la France, encore plus en Flandre. Partout, comme dans le nord français, la brique est omniprésente, trop peut-être avec un grand nombre de bâtiments délabrés, tant industriels et commerciaux aux abords des villes, qu'agricoles en campagne. Le nombre et la qualité des voies cyclables sont impressionnantes. Mon plus grand étonnement reste les surfaces très importantes de campagnes profondes, à l'opposé de ce qu'on m'en avait dit, tant l'habitat se révèle plus individuel qu'en France et les constructions le long de routes passagères, au point que la fin d'une commune touche à suivre le début d'une autre. Par contre, si on emprunte les pistes cyclables transversales, elles limitent souvent l'arrière des maisons, côté jardins, où on perçoit mieux la campagne, avec pour limite de nombreux canaux de toutes tailles, peu de haies, quelques bois exploités ou marécageux à l'abandon.
Mercredi 5 avril dernière journée ensoleillée mais toujours très froide. J'ai croisé un Belge, par ailleurs terrien comme moi, sur un vélo cargo électrique qui terminait un tour d'Allemagne du Nord avec pour but principal un spectacle d'opéra ; plus tard un marcheur néerlandais, retraité et fumeur, qui, lors d'un Puy-en-Velay à Saint-Jacques-de-Compostelle marchait 80 km par jour de 5 à 22 heures. Aujourd'hui ce fut pour lui une petite promenade de 30 km.
Certains paysages m'ont plu comme cette rue sur un polder en pleine campagne bordée de part et d'autre, mais seulement de maisons (maisons à droite, rien derrière, maisons à gauche, rien derrière) de Dussen à Almkerk, via Korn sur le bornage 52/54/56, avant le beau village de Woudrichem. Il s'agit également de la ville du départ du bac pour vélos (majoritaires) et piétons pour Gorinchem sur le fleuve Waal, puis un second bac de Vianen à Nieuwegein sur le fleuve Lek.
Le soir, en absence totale de campagne, j'opte pour un camping qui se révèlera le pire de ma vie.
Jeudi 6 avril matin, je refuse de payer les 22€50, sans emplacement, sans eau chaude, sans douche, sans papier toilette, sans table ni banc, sans wifi. Tremblant, je laisse 12€50. Pour finir le réceptionniste vient m'expliquer à l'extérieur qu'il n'est qu'employé et qu'il comprend mon opinion (en anglais et en articulant opinion en français). J'espère qu'il est encore en réflexion après lui avoir demandé quelle est sa part de responsabilité à accepter ce travail qu'il cautionne de fait. Je pense avoir lu dans ses yeux que oui, je suis bel et bien français.
En permanence sur piste cyclable goudronnée, lisse, impeccablement propre, j'ai longé du haut d'un polder une grande partie de la journée le Nijkerkernauw dont je ne sais pas s'il s'agit d'un fleuve ou d'eau maritime. Ici comme presque partout on croise un nombre impressionnant d'oiseaux : trois sortes d'oies sauvages (pas une oie domestique), autant de canards, poules d'eau, choucas (pas vu un seul corbeau), truc joli avec une huppe (ça forme un cœur quand deux face à face), divers longs becs emmanchés de longs cous, sternes (vu ni mouette ni goéland), ... à définir.
Vendredi 7 avril, pliage complet de j'ouvre un œil à j'appuie sur la pédale, sous la pluie. Matinée entière itou hésitante entre fine et saturation de brouillard. Mais, que vois-je, qu'aperçus-je ? (Desproges), despros-je ? (Didier Hibert)... la même chose, presque tout l'après-midi. Suit un fort mauvais accueil chez un photographe à Zwolle, qui, me dis-je (moi) finit d'enterrer cette journée de, de, de M, de Mauvaise pluie. Et là, exactement là, à vos pieds, aux miens plus exactement (Pierre, encore) :
1) la pluie cesse
2) j'obtiens une réponse à ma demande WTMG m'invitant à planter la tente dans le jardin, mais qu'ils sont à l'anniversaire de leur fille, qu'ils arriveront plus tard, que le voisin donnera la clé et qu'il ne faut pas avoir peur du chien qui est un peu gros mais gentil (faux, il est très très gros et très très gentil et... joueur -genre bulldozer guilleret et facétieux-)
3) je m'arrête acheter des œufs sur un micro étal devant une maison. Le propriétaire sort, entame la conversation, m'invite à présenter mon voyage à ses enfants devant une carte mondiale immense au mur de la cuisine. Suivent café, gâteau, et impossible de payer les œufs. Le tout en anglais Beatles d'il y a 40 ans : les gens ont une patience, c'est stupéfiant (non non, ça ne se fume pas - Coluche).
4) les micro étals sur les bas-côtés se présentent toujours sur des petites routes non spécifiquement touristiques, toujours accompagnés d'un texte tarifaire en néerlandais sans aucune traduction. Je ne me retiens pas d'acquérir un pot de marmelade de groseilles-à-maquereaux, un de mes fruits préférés (avec poire et mangue pour parfaire le non intérêt).
5) d'une maison d'un groupe de trois et d'une ferme formant hameau en rase campagne, dans le jardin convenu, je plante ma tente sous enfin quelques rayons de soleil. Harriet et Erik arrivent plus tard, nous discutons longuement en français autour de thés.
6) grâce à un coucher de soleil radieux, ma tente est désormais sèche, n'ayant pas oublié de désoperculer les 4 évents.
Samedi 8 avril petit déjeuner copieux, toujours avec fromage (les pauvres), chez mes hôtes d'où j'aperçois par la fenêtre un grand mât artificiel chapeauté d'un nid du même acabit ou trône une cigogne (!!!) on ne peut plus immuable, donc décorative. On me rétorque que si Erik a bien fabriqué cette immense perchoir le plus éloigné possible de tout mouvement car l'oiseau est craintif, tout le reste est parfaitement authentique. Au passage, l'ensemble de leurs explications ne comporte pas le moindre non, alors que j'ai faux sur toute la ligne. D'ailleurs le plâtre noir et blanc finit par bouger.
A Hoogeveen, marché du samedi sur la place où je fais mes courses pour la semaine. Les fruits et légumes se présentent sous forme de sachets ouverts par poids (exemple 500g) ou nombre. Je choisis les plus petits sacs en pomme et poire, trop gros pour moi. Là problème : mon pantalon ne tient désormais plus du tout seul. Je bloque le haut sous mon pull du bras droit, les sacs avec les dents, et tente de payer de la seule main gauche. Le stand suivant est un vendeur de couvre-chefs où j'acquière une paire de bretelles, particulièrement confortables, larges, légères et probablement non locales pour 8€. Ainsi nonchalamment vêtu, je peux enfin parfaire mes achats en légumes, pains et fromages (trois commerçants, un seul avec un fromage certifié au lait cru et néerlandais, par contre en trois affinages différents) où partout on me fait tout goûter, compris nombre de propositions que je n'achète pas. Toutes ces vitrines exposent en nette exergue des fromages français majoritairement de laiteries industrielles pasteurisés mais aussi toujours des Roquefort et un chèvre poitevin en bûche (Bougon).
A chaque extrémité du marché, un stand de poissons frits avec des queues impressionnantes (de personnes, pas de poissons). Je fais comme tout le monde, la même barquette avec la même sauce.
Je croise un couple de jeunes néerlandais à vélo. Ils commencent juste, depuis cinq jours, un voyage initiatique sur des bons vélos neufs, bien équipés, en direction de Belgique, France, Espagne, Italie, Balkans, Grèce, avant de s'envoler pour l'Amérique du sud. On peut les suivre sur "Martine & Maurice".
Cette fois je suis bien décidé à trouver le camping idéal pour ma journée de repos, en commençant par un local couvert, assis, avec électricité et wifi. J'en sélectionne une dizaine pour 2 à 23 km additifs à mes 41 dans les jambes. Pour ce faire, j'use pour la première fois de l'appel téléphonique, armé de mon anglais hors norme (accent déplorable, vocabulaire réduit, une seule conjugaison à base de plusieurs, et surtout une incompréhension presque totale des phrases de l'autre, si ce n'est "cän you ripit sloli pliz"). Le premier fut le bon, une merveille.

J15- un des quatre escalators, du tunnel
Sint-Anna sous l'Escaut à Anvers

J16 - le parking à vélo du collège
de Raamsdonksveer

J15- cathédrale d'Anvers

J17 - du haut de la digue, à Korn

J15- ce n'était donc pas une légende

J17 - premier moulin néerlandais de près
à Woudrichem

J17 - bac de Woudrichem à Gorinchem

J17 - arnaque au (très grand) camping
à Utrecht

J17 - magasin au hasard à Gorinchem

J18 - à gauche de l'eau au niveau de la mer, au centre la digue, à droite le polder

J17 - bac entre Vianen et Nieuwegein

J19 - chez Harriet et Erik


J20 - cigogne africo-néerlandaise
J20 - nid de cigogne

J20 - étal au hasard du marché d'Hoogeveen


J20 - poisson frit (là le dernier morceau) avec une sauce mayonnaise légèrement sucrée d'un sirop de fruit
J20 - micro étal en bord de route : bière.
Sceaux de 10L9 et 10L4 pour se servir
1€85 le tiers de litre ?
Enfin un jour de repos ensoleillé, enfin un camping petit et excellent :
Nom : Pieterom
Situation : sur le chemin mythique qui traverse tous les Pays-Bas par ses points les plus éloignés en 400 km exactement (Pieter pad)
Village : Sleen (2200 habitants), comté de Coevorden, province de Drenthe
Grande ville proche : 8 km Emmen (108.000 habitants)
Accueil : ⭐⭐⭐⭐⭐ Gestion : familiale
Mobil home : 0 ⭐⭐⭐⭐⭐ - Voiture sur le terrain : 0 ⭐⭐⭐⭐⭐ - Terrain : archi plat, herbeux type pelouse
Eau chaude : oui - Douche : chaude, réglage séparé, sans monnayeur (sans ajout)
WC avec papier toilette : oui
Salle de pause : oui, fermée, chauffée, avec prises électriques sans surcoût et wifi qui fonctionne ⭐⭐⭐⭐⭐
Tables et bancs sur le terrain : oui, nombreux ⭐⭐⭐⭐⭐
Bonus : grange couverte avec tables et bancs, bouilloire, micro-ondes, réchaud électrique ⭐⭐⭐⭐⭐
Garage à vélo : oui , avec prises électriques de rechargement : oui
Prix : 11€50 / j ⭐⭐⭐⭐ en France, ⭐⭐⭐⭐⭐ ici
Additifs : lave-linge Miele 5€ (essoreuse gratuite), ligne électrique sur l'emplacement ?€



Accueil
partie commune du bloc sanitaires
salle de pause, de travail, de lecture

douche

grange abritée


lavabo

parking velo


toilettes

un des détails d'architecture et décoration
terrain
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dimanche 2 avril 2023
Deuxième jour de repos, deuxième semaine. Quelques chiffres :
toutes les données sont "en mouvement" (hors pauses et arrêts, même mini)
Casse : tenseur de direction (encore)
Perte : aucune
Chute : 1
Réparation : tenseur de direction
Rencontres
> Caroline et Lucie
> Tiphaine et Tobias
> Laetitia et Maxime
Lundi 27 mars. Première journée de la semaine sans histoire, outre que le moignon me fait souffrir. Le soir je dors en HomeCamper (HC) pour 5€ dans le jardin d'Eline... qui ne m'attendait pas, elle avait coché réponse automatique. Après de premiers échanges un peu durs, nous nous découvrons des points communs autour de la visite du jardin et des nécessités d'entretien qu'elle n'avait pas remarquées. Au matin elle m'offre le petit déjeuner et nous nous quittons très bons amis.
Mardi 28 mars. Je perce le furoncle avec une épingle, fais sortir le pus, alcoolise la petite plaie quitte à en garnir le fond de la prothèse. Un petit pansement (type bébé pour réduire le poids...) amoindrit la douleur. La campagne devient à mesure moins belle, sans aucune haie mais marquée d'un nombre impressionnant d'éoliennes. Pour déjeuner je m'abrite du vent froid sous une aubette entre église et mairie. Une fumeuse parle de neige à un employé municipal ce qui déclenche mon interrogation et la discussion habituelle au sujet du voyage. Il s'agit de la secrétaire de mairie de Reuil-s/-Brèche qui m'offre café et crêpes. Ont suivi de nombreux échanges avec de nombreuses personnes et même une tentative de réparation de fenêtres qui ne voulaient plus fermer. Le soir je dors de nouveau en HC pour 7€ mais Jacky, maraîcher, me propose une maison d'ami où j'ai pu profiter d'un lit, d'une douche chaude. Nous avons même pris ensemble le soir la soupe et le matin le café.
Mercredi 29 mars. Journée mémorable à la maison de santé de Trois-Rivières où je m'arrête parce que le moignon gonfle et la périphérie du bouton devient chaude. La secrétaire, Lucile, cherche rapidement à me rendre service en présentant mon cas à une infirmière, Caroline, qui gratuitement finit de sortir tout le pus (douloureux mais nécessaire), me désinfecte, me découpe un pansement anatomique et m'en offre d'autres. Grand merci à elles.
Le soir, j'ai rendez-vous en WS pour planter la tente dans un jardin. J'arrive presqu'à la nuit, après m'être un peu perdu, chez Thiphaine et Tobias, des amoureux de la nature et du monocycle, ce qui nous amène à téléphoner à Fanny (voir semaine précédente) désormais au Havre. J'ai dîné avec eux de choux braisés et haricots rouges, dormi dans une chambre sur un matelas, pris le petit déjeuner. Tout ceci est bien trop court pour expliquer la qualité de leurs accueils, sans compter que Tobias m'a accompagné quelques kilomètres pour me mettre dans la bonne direction.
Jeudi 30 mars. La journée fut marquée par une belle chute. Prenez un trottoir marqué au milieu par des pavés, l'ensemble formant un même niveau. Mais à mesure, les pavés s'élèvent pour segmenter le dit trottoir en deux niveaux, chacun bien goudronné de la même couleur. L'effet visuel est surprenant : on ne voit qu'un seul trottoir. Ma pédale ne l'a pas perçu du même œil. J'ai bizarrement fini debout, le vélo étalé lourdement avec de nombreux objets détachés mais aucune casse. Le téléphone fut sauvé grâce à la petite cordelette de sécurité... que pour une fois j'avais attachée ! Valenciennes fut-elle maudite pour moi. Certes non car je me trouvais devant un magasin d'accessoires de santé où deux jeunes femmes m'ont pris en charge pour refaire mon pansement du bras, gratuitement, et (encore) m'en offrir d'autres.
Le soir je plante ma tente dans le jardin de Laetitia et Maxime, des accueillants adorables, qui ont également le bon goût d'avoir prévu, sous nette pluie, un appentis pour les voyageurs muni de table, chaises, électricité, eau potable et poubelle.
Vendredi 31 mars. Au matin, délicieux petit déjeuner très fourni, nombreuses discussions et visite fouillée du jardin : un grand merci à Laetitia et Maxime.
Je franchis la frontière belge sans m'en rendre compte puis traverse la Wallonie francophone sans cesse le long de très beaux canaux mais avec un ciel si bas (pour de vrai) qu'un d'entre eux aurait pu se pendre (ça, c'est fait).
In extremis je trouve un camping ouvert à l'extrême sud de la Flandres (flamande néerlandophone) plante la tente et une minute plus tard les vannes des cieux se sont ouvertes pour toute la nuit. J'ai tout bien fait, j'avais tout bien sec. J'ai pris une douche chaude. Puis j'ai posé mes vêtements secs dans le lavabo, là. Lavabo à déclenchement automatique... (merci de voir ici une longue suite de jurons).
Samedi 1er avril, la dernière journée fut d'un ennui sans nom à traverser la Flandre sous une pluie continuelle.
J9 - Simon & Garfunkel
J10 - et des patates



J10 - Là des patates
J10 - Simon & Garfunkel
pour certains, ça ne veut rien dire du tout
J9 - Le pays des distributeurs
là des fromages de chèvre

J11 - Tobias s'éloigne en monocycle

J12 - Paysage de canal, ici en Belgique wallonne (Wallonie francophone)


J11 - Un des ponts sur le canal de l'Escaut

J13 - Ici commence le pays de l'honnêteté et de la confiance : servez-vous et payez seul
(Belgique flamande, Flandres néerlandophone)

J11 - Une des nombreuses double écluse (transfert de l'eau de l'une dans l'autre)

J13 - Ici commence le pays de l'honnêteté et de la confiance : servez-vous et payez seul
J13 - Message personnel avec 50 ans de retard
P'tit frère, tu vois bien que les bouchons de bouteille de gaz avec une seule poignée ; ça existe !
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dimanche 26 mars 2023
Premier jour de repos de la première semaine. Quelques chiffres :
Casse
> arrachement des fils du compteur à Château-Gonthier. Réparé chez Patrice Tremblay, 419 rue Madeleine à Verneuil-s/-Avre : merci pour la main d'œuvre à 0€ : un réparateur à l'ancienne, hyper compétant et prévenant.
> tenseur de direction (déjà rompu en Bretagne que j'avais réparé) entre Villaines-la-Juhel et Alençon. En attente d'en trouver un neuf ; c'est indispensable au regard du poids à l'avant.
> une gourde sur un trottoir à l'entrée d'Alençon. Rachat immédiat dans cette même ville.
Perte
> un gant et un carnet de notes vide envolés dans la Mayenne (rivière). Rachat du gant à hyper U Mayenne (ville). Toutes ça fut en Mayenne (département). Par ailleurs, qui a mangé ma tome de Yenne ? C'était ma yenne.
Rencontres (je réfléchis à rédiger... ou pas : peur de ne pas retransmettre ces personnes génialissimes que j'ai croisées)
> Robert, Fanny, Dominique et Isabelle
> Mathilde
> Simon et Nicole
Lundi 20 mars, jour de l'équinoxe de printemps, départ avec Marie qui m'accompagne. Après arrêts chez Gérard, puis Annick, voie verte de la gare de St-Mars-du-désert à l'étang de St-Mars-la-Jaille : "haie" d'honneur avec banderoles par Claudine, Fabienne et Philippe. Nous pique-niquons ensemble... puis départ seul. Premier bivouac dans un bois à Sainte-Gemme-d'Andigné, commune où habitaient jeunes Florence et Jean.
A la confluence de ma V450 (Segré > Château-Gontier) avec la Francette (La

Rochelle > Caen) je croise, mardi 21 mars, en franche côte, moi en descente, une jeune femme en monocycle, suivi d'un retraité à vélo de voyage et remorque une roue, qui me lance : "Elle va au Cap nord !!!". Moi aussi, dis-je... Après discussion Robert m'invite, avec Fanny, chez un ami éclusier Dominique et sa femme Isabelle, exactement sur ma route prévue, à seulement 6 km plus au sud de ma prévision. Après plantage de ma tente dans leur jardin, suit une soirée mémorable où nous dînons magnifiquement, chansons, guitare, discussions.
Mercredi 22 mars. Départ aux côtés de Fanny qui se révèle nantaise, lauréate de la bourse 2023 du CCI (Camping Club International), participante en délégation française du championnat mondial en Corée. Son engin me semble trop simple (pas de roue libre, pas de frein), je découvre une vitesse moyenne sur plat similaire à la mienne, de grandes facilités en côte (contrairement au vélo, et spécifiquement à moi en surpoids tant emporté que ventral )... et de grandes difficultés en descente l'obligeant à de gros efforts musculaires pour limiter sa vitesse en descente, comme un frein-moteur. Nous nous quittons après déjeuner en bord de Mayenne (à Mayenne, en Mayenne) sous un ciel menaçant et fort vent portant, elle continue nord par la Francette (V43), je bifurque est au plus court par la V430.
Au cœur d'un tout petit village à l'unique commerce, sous un ciel sombre franchement menaçant, je pousse la porte où s'affiche la recherche de bois de sculpture. Il se trouve que ma fille veut se débarrasser de blocs de bois d'essences diverses. Je demande à l'épicière si elle connait cette ébéniste. La seule cliente se retourne en levant le doigt telle une écolière. Mathilde m'invitera à planter ma tente dans son jardin, puis sur place à utiliser sa roulotte, mais pour finir le dîner et les discussions autour de ses réalisations magnifiques, ses chèvres, ses marches en Bretagne me feront dormir au chaud dans une chambre.
Jeudi 23 mars. Départ pas simple pour rejoindre Villaines-la-Juhel, Alençon en évitant les alpes mancelles, puis la très belle V40 où je plante à la tombée de la nuit, un poil avant de grosses pluies, dans un camping fermé à Le Mêle-sur-Sarthe.
Je passe l'histoire du fou qui me frôle en voiture, de mon geste de la main qui déclenchera l'arrêt au frein à main de la voiture en milieu de route passagère.
Vendredi 24 mars. Au matin, achat de pain, la boulangerie jouxte une boucherie où le patron, ravi, affiche son premier prix du meilleur boudin de France et médaille d'argent pour son boudin aux châtaignes. Plus la saucisse locale achetée la veille, plus le saucisson offert par l''Epicerie du port dans mon village : une accumulation de viandes saturées que je vais payer cher. Après une suite de petites routes, je finis par une magnifique voie verte locale d'un Center parc à Verneuil-sur-Avre, mais sous une pluie battante durable, sans surpantalon de pluie ayant décrété le nez au vent qu'il s'agirait d'une averse douce et peu durable. Je plante dans le jardin de Nicole, trouvé en WarmShower (WS) sur le profil de son fils Simon qui revient d'un voyage à vélo mécanique jusqu'au Vietnam : délicieux repas et merveilleux échanges sur les vécus de voyages de chacun, dont celui initiatique de Nicole, à vingt ans, en 2CV (ou 4L, je ne sais plus) jusqu'à Thessalonique.
Samedi 25 mars. Outre un nouveau fou du volant qui déboule à grande vitesse dans une petite rue limitée à 30 km/h, la dernière journée de pédalage de la semaine sera marquée par la longue montée de la vallée de l'Eure, à Auteuil-Autouillet jusqu'au pont au-dessus de l'A13. Toutefois mon bras droit me fait souffrir, l'excès de putride et d'acide urique déclenche un furoncle en bout de moignon, exactement à l'endroit du plus fort point d'appui. Je traite à l'alcoolat de propolis que m'a donné Michelle. C'est hyper efficace mais l'appui demeure déterminant.
La journée de repos, dimanche 26 mars, fut au chaud en salle de détente au camping, entièrement dévolue à construire la mise en page de cette communication (désormais reproductible à moindre temps), à me battre contre le wifi (j'ai gagné), contre le bluetooth (j'ai perdu, le transfert des photos du téléphone à la tablette se fera par câble).